CAPITAINE DE LA CALYPSO
mezzanine) qui nous sert de chambre, dans ce cabanon ou
règne une tiède odeur de résine de pin. Maman me borde. Je
m’endors.
A 5 heures du matin, une allumette craque au rez-dechaussée et me réveille. Mon père allume la vieille lampe à
pétrole d’opaline bleu et blanc, dont la lumière jette au plafond
des ombres démesurées. Il ranime le feu de bois dans l’âtre ef
fait le café. Je l’observe par-dessus la rambarde : il prépare des
montures de lignes avec divers plombs et hameçons.
Une cuiller qui tinte dans une tasse : c’est le signal du lever.
Je saute dans mon pantalon et dans mes sandales, je passe un
tricot et je me retrouve devant mon bol où je laisse couler une
demi-boîte de lait concentré sucré (mon péché mignon,
aujourd’hui encore!).
J’ai juste le temps d’avaler ce nectar : papa sort et marche
vers la mer. Je cours derrière lui. Il tire la barque à quai. Il y
grimpe. Il installe la magnéto. Il verse un bidon d’essence
dans le œservoir à travers le filtre d’un vieux chapeau de
feutre.
Ma mère nous rejoint. Ma sœur Andrée, élève studieuse,
prépare son brevet de couturière : elle reste au cabanon pour
repasser ses leçons. Nous embarquons, maman sur le banc
transversal avant, papa à la barre, moi au milieu. Papa lance
le moteur : l’hélice cavité (brasse de l’air dans l’eau) un
instant, puis se visse régulièrement dans le liquide et propulse
le bateau vers le large.
Nous doublons le cap Sormiou — un exploit, à mes yeux ! Je
découvre, dans la lumière mauve et bleu de l’aube d’été, le
prodigieux panorama des calanques. A l’est, le cap Morgiou,
château de calcaire bizarrement asymétrique, et la succession
des falaises vers Cassis et La Ciotat. Derrière nous, le cap
Sormiou, cathédrale de dents et de murs d’une blancheur
parfaite. Au sud et au sud-ouest, le chapelet gris-bleu des îles
de Marseille...
Mon père me les désigne du doigt et me les nomme :
« La plus grande, en face de nous, avec sa haute crête de
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