CAPITAINE DE LA CALYPSO
bateau repart vers le sud. Au récif d’Abington, les plongeurs
éprouvent un vrai vertige : ce sommet de volcan sous-marin
domine de noirs abîmes et constitue le lieu de rendez-vous de
nombreux squales. Fabuleux carrousel... A l’île Kébir, dans
l’archipel de Dahlaki, l’équipe découvre une épave aux
cheveux blancs : un bateau perdu, fantomatique, nimbé de
longues virgulaires blanches...
Je rejoins le bord à Djibouti. Nous plongeons dans le fameux
lac Assab : l’eau y est tellement salée que, même avec trente
kilogrammes de lest, nous n’arrivons pas à nous enfoncer. Un
désert minéral, dont le fond est tapissé de branches de cristaux
aux teintes magnifiques — roses, mauves, violettes... Nous y
tournons de belles images, et nous y attrapons de tenaces
irritations de peau.
Philippe Cousteau adore piloter. Il a embarqué un ballon à
air chaud — une montgolfière. Il la gonfle dans l’océan Indien.
L’engin lui permettra de surveiller de très haut les vagues —
de voir de loin les dauphins ou les baleines.
La Calypso met le cap sur Madagascar. Avant d’y parvenir,
nous nous arrêtons à l’îlot de Coëtivy, au sud des Seychelles.
Coraux rares ; mérous nombreux ; misère humaine. Le médecin du bord, le docteur Millet, voit défiler en consultation la
quasi-totalité de la population locale, privée de soins depuis
plus de quatre ans. La vie sur les atolls enchanteurs des mers
du Sud n’est pas aussi paradisiaque qu’on le dit.
Nous nous amarrons dans le port malgache de DiégoSuarez. Une légende du peuple local Antankarana prétend
que, dans un lac voisin, nagent d’énormes crocodiles qui furent
jadis des hommes égoïstes, et qui xpient leur faute en
intercédant auprès du dieu Zanahary. Nous rendons visite aux
villageois : ils nous disent que, pour voir les reptiles, il faut leur
offrir en sacrifice le sang d’un zébu. Nous payons le zébu. Ils
font couler le sang dans le lac. Ils nous laissent sur la rive avec
nos caméras et nos scaphandres. Quand nous en avons assez
d’attendre, nous revenons au village : la population est
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bateau repart vers le sud. Au récif d’Abington, les plongeurs
éprouvent un vrai vertige : ce sommet de volcan sous-marin
domine de noirs abîmes et constitue le lieu de rendez-vous de
nombreux squales. Fabuleux carrousel... A l’île Kébir, dans
l’archipel de Dahlaki, l’équipe découvre une épave aux
cheveux blancs : un bateau perdu, fantomatique, nimbé de
longues virgulaires blanches...
Je rejoins le bord à Djibouti. Nous plongeons dans le fameux
lac Assab : l’eau y est tellement salée que, même avec trente
kilogrammes de lest, nous n’arrivons pas à nous enfoncer. Un
désert minéral, dont le fond est tapissé de branches de cristaux
aux teintes magnifiques — roses, mauves, violettes... Nous y
tournons de belles images, et nous y attrapons de tenaces
irritations de peau.
Philippe Cousteau adore piloter. Il a embarqué un ballon à
air chaud — une montgolfière. Il la gonfle dans l’océan Indien.
L’engin lui permettra de surveiller de très haut les vagues —
de voir de loin les dauphins ou les baleines.
La Calypso met le cap sur Madagascar. Avant d’y parvenir,
nous nous arrêtons à l’îlot de Coëtivy, au sud des Seychelles.
Coraux rares ; mérous nombreux ; misère humaine. Le médecin du bord, le docteur Millet, voit défiler en consultation la
quasi-totalité de la population locale, privée de soins depuis
plus de quatre ans. La vie sur les atolls enchanteurs des mers
du Sud n’est pas aussi paradisiaque qu’on le dit.
Nous nous amarrons dans le port malgache de DiégoSuarez. Une légende du peuple local Antankarana prétend
que, dans un lac voisin, nagent d’énormes crocodiles qui furent
jadis des hommes égoïstes, et qui xpient leur faute en
intercédant auprès du dieu Zanahary. Nous rendons visite aux
villageois : ils nous disent que, pour voir les reptiles, il faut leur
offrir en sacrifice le sang d’un zébu. Nous payons le zébu. Ils
font couler le sang dans le lac. Ils nous laissent sur la rive avec
nos caméras et nos scaphandres. Quand nous en avons assez
d’attendre, nous revenons au village : la population est
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