LA GRANDE CROISIÈRE
disparaissent sous des guirlandes de créatures marines. Je
découvre, sur un montant métallique, un éventail de corail
acropore de plus de trente centimètres de diamètre.
Le 14 juillet 1967, nous passons Ras Mohammed (qui garde
la péninsule du Sinaï) ; nous traversons le golfe de Suez et nous
entrons dans le port du même nom. Or, ce ne sont pas les feux
d’artifice de la fête nationale française qui zèbrent le ciel
nocturne : ce sont des obus et des tirs de mitrailleuses !
Pendant notre périple dans l’océan Indien, la tension entre
Israël et les pays arabes est montée jusqu’à l’intolérable. Le
5 juin, la guerre a éclaté. Guerre des Six Jours... Dans notre
naïveté, nous espérions que les hommes, qui se disent sages
(plus sages que les requins et les murènes), n’en viendraient
pas à cette extrémité. Eh si : ils se massacrent. Un déluge de
fer et de feu nous est proposé en guise de « Salam » et de
« Shalom »...
Nous avions le mince espoir de passer : nous sommes pris au
piège. Nous débarquons une partie de notre matériel sur un
quai. Un matin, l’aviation israélienne nous mitraille. Au
secours ! La Calypso a depuis longtemps achevé sa carrière de
dragueur de mines!... Heureusement, le pilote de chasse
s’aperçoit de son erreur et nous laisse.
Quand les hostilités s’achèvent, nous n’avons ni morts, ni
blessés, ni même de gros dégâts matériels. Mais des dizaines
d’épaves jonchent le fond du canal, qui est fermé pour des
mois. Nous sommes forcés de rebrousser chemin, et de passer
par le cap de Bonne-Espérance. Cousteau opère, par avion,
une rotation d’équipes. Le capitaine André Bougaran remplace le capitaine Roger Maritano. Pour ma part, je laisse pour
quelques semaines ma place de chef plongeur à mon ami
Raymond « Canoë » Kientzy.
Tandis que je prends un peu de repos en France, tout
abasourdi d’avoir vécu cette guerre malgré moi, et d avoir
entendu le sifflement des balles sans rien y comprendre, le
241
Précédent

- 257/424

Suivant