CAPITAINE DE LA CALYPSO
l’indépendance de l’archipel. Nous rendons visite au sultan
Didi.
Nous plongeons ensuite pour filmer les poissons des récifs.
Ils sont rares. Nous comprenons pourquoi : un peu partout,
des indigènes en apnée, lestés d’une pierre, débitent le corail
dont ils se servent comme d’un matériau de construction. Au
rythme où ils travaillent, les dégâts deviendront vite irréversibles. Non seulement les poissons disparaissent, mais tout
l’archipel peut souffrir de ces saccages. Les Maldives, éparpillées sur près de mille kilomètres entre le canal de l’Equateur et
le canal du Huitième-Degré, au sud-est de la péninsule
Indienne, ne dépassent que de quelques pieds la surface de la
mer. Chaque île dont on abîme la ceinture corallienne risque
d’être anéantie en une seule nuit par un typhon...
La Calypso fait route vers le nord, en direction des atolls de
Gaha Faro et de Kardiva. Heureusement, la plupart des récifs
sont intacts. Nous plongeons sur d’incroyables champs de
coraux — de toutes les formes et de toutes les dimensions.
Certains polypiers ressemblent à des cornes-de-cerf, d’autres à
des artichauts, ou à des laitues, ou à des cerveaux, ou à des
truffes, ou à des cèpes, etc. Dans une sorte de pin pignon de
pierre, des dizaines de poissons-chirurgiens me rappellent une
volée de guêpiers à Sormiou. Je tombe (heureusement pour
moi, au figuré) sur des massifs de millépores : on appelle ces
animaux coloniaux « coraux de feu » ; ils méritent leur nom :
qui les touche a l’impression d’être en contact avec de l’acide
sulfurique. La peau se couvre de cloques ; on peut subir un
choc allergique...
Les plus connues des Maldives subissent la pression des
hommes, notamment du tourisme. Mais la plupart des atolls
de l’archipel appartiennent encore à ce que j’appelle la
« Grande Nature ». Ce sont des espaces vierges où les
minéraux, les végétaux et les animaux peuvent, comme aux
premiers âges, déployer la majesté de leurs associations. Aux
îles Powell, par exemple, j’ai l’impression d’avoir sous les yeux
un catalogue d’éponges, de coraux, de gorgones, de mollus238
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