LA GRANDE CROISIÈRE
ques, de crustacés, d’échinodermes et de poissons. Je me fais
l’effet, tant elles sont variées, de feuilleter un guide d’identification des espèces de corail.
Dans les eaux de l’île Oulélé, nous repérons sur un fond de
sable une « plantation » d’anguilles jardinières. Ces poissons
(des hétérocongres), que nous avons déjà aperçus à Assomption, se donnent des allures de serpents dressés — ou de points
d’interrogation. Ils se balancent dans le courant ; à la moindre
alerte, ils se rétractent dans leur trou. Cette tactique est utile,
et j’en ai la démonstration : voici un hétérocongre qui n’a pas
l’air en forme. Je ne suis pas le seul à le voir : dans les deux
minutes qui suivent, trois balistes l’ont localisé. Ils lui foncent
dessus, le taillent en pièces et n’en laissent pas une arête !
Nous quittons les Maldives et nous mettons le cap sur les
Seychelles. Un paradis contre un autre... La Calypso se traîne à
sept nœuds, toujours sur un seul moteur. Nous redoutons
d’avoir à affronter une tempête, mais baste !... Le soir, l’équipe
chante. Nous avons deux guitaristes et un violoncelliste : ce
dernier s’appelle André Laban. Il connaît un seul morceau : le
menuet du Barbier de Séville !
Le 18 avril, nous sommes à Port-Victoria, la capitale des
Seychelles, dans l’île de Mahé, nous repartons vers Aldabra,
Assomption et Cosmoledo. Terres de connaissance... Sur
Aldabra, je retrouve mes amies les tortues géantes — vous
savez, celles qui étaient déjà nées sous Jules Ferry, et qui nous
enterreront, vous et moi. Je me passionne pour les poissonsmarcheurs, ou périophthalmes, qui grimpent aux arbres de la
mangrove et attrapent les insectes comme des gobe-mouches.
Ces animaux ont des nageoires pectorales qui miment des
pattes, sur lesquelles ils se propulsent comme avec des
béquilles. Leurs gros yeux globuleux leur permettent de
reperer leurs proies. Ils respirent en mettant en réserve de
eau dans des sacs spongieux situés contre leurs branchies.
Quand nous plongeons sur le récif d’Assomption, nous nous
lettons fébrilement en quête de Jojo le Mérou Nous retrou239
ques, de crustacés, d’échinodermes et de poissons. Je me fais
l’effet, tant elles sont variées, de feuilleter un guide d’identification des espèces de corail.
Dans les eaux de l’île Oulélé, nous repérons sur un fond de
sable une « plantation » d’anguilles jardinières. Ces poissons
(des hétérocongres), que nous avons déjà aperçus à Assomption, se donnent des allures de serpents dressés — ou de points
d’interrogation. Ils se balancent dans le courant ; à la moindre
alerte, ils se rétractent dans leur trou. Cette tactique est utile,
et j’en ai la démonstration : voici un hétérocongre qui n’a pas
l’air en forme. Je ne suis pas le seul à le voir : dans les deux
minutes qui suivent, trois balistes l’ont localisé. Ils lui foncent
dessus, le taillent en pièces et n’en laissent pas une arête !
Nous quittons les Maldives et nous mettons le cap sur les
Seychelles. Un paradis contre un autre... La Calypso se traîne à
sept nœuds, toujours sur un seul moteur. Nous redoutons
d’avoir à affronter une tempête, mais baste !... Le soir, l’équipe
chante. Nous avons deux guitaristes et un violoncelliste : ce
dernier s’appelle André Laban. Il connaît un seul morceau : le
menuet du Barbier de Séville !
Le 18 avril, nous sommes à Port-Victoria, la capitale des
Seychelles, dans l’île de Mahé, nous repartons vers Aldabra,
Assomption et Cosmoledo. Terres de connaissance... Sur
Aldabra, je retrouve mes amies les tortues géantes — vous
savez, celles qui étaient déjà nées sous Jules Ferry, et qui nous
enterreront, vous et moi. Je me passionne pour les poissonsmarcheurs, ou périophthalmes, qui grimpent aux arbres de la
mangrove et attrapent les insectes comme des gobe-mouches.
Ces animaux ont des nageoires pectorales qui miment des
pattes, sur lesquelles ils se propulsent comme avec des
béquilles. Leurs gros yeux globuleux leur permettent de
reperer leurs proies. Ils respirent en mettant en réserve de
eau dans des sacs spongieux situés contre leurs branchies.
Quand nous plongeons sur le récif d’Assomption, nous nous
lettons fébrilement en quête de Jojo le Mérou Nous retrou239
