CAPITAINE DE LA CALYPSO
née est changée, le roof modifié, les cabines transformées, les
moteurs refaits, le faux nez remplacé par un autre (avec une
chambre d’observation plus vaste), etc. Le navire embarque
une tourelle de plongée profonde Galeazzi. La soucoupe
plongeante possède à présent deux petits frères, deux nouveaux sous-marins miniatures que nous appelons S.P. 500 ou,
familièrement, « puces de mer ».
Au début de 1967, c’est prêt. Nous allons lever l’ancre pour
une longue croisière : un tour du monde de trois années. Nous
réaliserons, à cette occasion, les douze premiers films de
télévision d’une série qui deviendra fameuse : « L’Odyssée
sous-marine de l’équipe Cousteau ».
Pour moi, la satisfaction d’embarquer se double de la fierté
d’être nommé chef plongeur de la Calypso... La promotion a été
prononcée, comme d’ordinaire avec le Pacha, sans pompe ni
solennité. Simplement, Cousteau est sorti de sa cabine,
précédé de son grand nez ; il s’est lissé les cheveux de ses deux
mains ouvertes, comme il le fait quand il se donne une
contenance. Il m’a arrêté dans la coursive et m’a glissé, comme
si c’était entendu de longue date :
« Bon, Bébert : eh bien ! pour cette fois, je compte sur vous
comme chef plongeur... »
J’ai balbutié un « Merci » confus, et je n’ai jamais chargé
autant de caisses de vivres en une journée !
Un envol de ballons multicolores dans le port de Monaco
annonce un grand départ. Le prince Rainier III et la princesse
Grâce saluent la Calypso qui largue les amarres. Le Pacha
sourit, mais je sais qu’il souffre — et même qu’il endure le
martyre. Il a eu, voici quelques semaines, un accident de
voiture. Deux vertèbres cassées... Il n’a pas voulu rester à
l’hôpital. Il croit tellement dans la force de l’exemple qu’il est
là, et qu’il s’interdit la moindre grimace. Une leçon de plus
que je retiens : rester stoïque !
Nous cinglons vers le sud-est — vers le canal de Suez et la
mer Rouge. En passant à Suez, il me semble déceler quelque
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