DONALD LE CANARD
passe en nouveaux tests psychomoteurs et en expériences
annexes (notamment en prélèvements d’échantillons de plancton et de sédiments, et en récolte de bocaux de vase pour des
déterminations ultérieures de la radioactivité déposée par les
expériences atomiques américaines et soviétiques). Les océanautes se prennent de camaraderie pour un poisson saintpierre qui leur rend chaque soir une visite intéressée (il reçoit
de petits bouts de viande). Ils observent le manège du poissonpêcheur : non loin de la maison, cette grosse baudroie, qui se
confond avec le sédiment, agite le filament qu’elle possède audessus de la bouche ; lorsqu’un petit poisson, attiré par ce qu’il
croit être un ver, s’approche pour le gober, la baudroie ouvre
subitement sa vaste bouche... Un jour, les océanautes admirent les évolutions d’un énorme poisson-lune — ou mole — de
plus d’une demi-tonne, qui vient inspecter la sphère de métal...
André Laban et ses amis continuent, par ailleurs, d’accumuler les observations en tous genres sur les effets des hautes
pressions. Parfois saugrenus... Ainsi, s’il existe un jour des
colonies humaines à moins cent mètres, on peut parier qu’elles
ne comporteront guère de restaurants gastronomiques : l’ambiance hyperbare supprime non seulement les odeurs, mais
aussi le goût.
« Essayez les œufs au plat, plaisante Philippe Cousteau :
vous m’en direz des nouvelles. Ils se stratifient : le blanc forme
une couche de la consistance du caoutchouc, tandis que le
jaune devient friable comme de la farine. Et ni l’un ni l’autre
n’ont plus aucun goût ! »
Le 12 octobre 1965, le début des opérations de remontée
commence. Les océanautes referment sur eux la porte de leur
maison, dans laquelle ils sont condamnés à rester jusqu’à la fin
de leur décompression, qui n’intervient que le 17 octobre, à
22 h 50.
Nous sommes nombreux à les féliciter quand ils émergent,
maigres et les yeux un peu clignotants — mais satisfaits , de
leur habitacle.
233
passe en nouveaux tests psychomoteurs et en expériences
annexes (notamment en prélèvements d’échantillons de plancton et de sédiments, et en récolte de bocaux de vase pour des
déterminations ultérieures de la radioactivité déposée par les
expériences atomiques américaines et soviétiques). Les océanautes se prennent de camaraderie pour un poisson saintpierre qui leur rend chaque soir une visite intéressée (il reçoit
de petits bouts de viande). Ils observent le manège du poissonpêcheur : non loin de la maison, cette grosse baudroie, qui se
confond avec le sédiment, agite le filament qu’elle possède audessus de la bouche ; lorsqu’un petit poisson, attiré par ce qu’il
croit être un ver, s’approche pour le gober, la baudroie ouvre
subitement sa vaste bouche... Un jour, les océanautes admirent les évolutions d’un énorme poisson-lune — ou mole — de
plus d’une demi-tonne, qui vient inspecter la sphère de métal...
André Laban et ses amis continuent, par ailleurs, d’accumuler les observations en tous genres sur les effets des hautes
pressions. Parfois saugrenus... Ainsi, s’il existe un jour des
colonies humaines à moins cent mètres, on peut parier qu’elles
ne comporteront guère de restaurants gastronomiques : l’ambiance hyperbare supprime non seulement les odeurs, mais
aussi le goût.
« Essayez les œufs au plat, plaisante Philippe Cousteau :
vous m’en direz des nouvelles. Ils se stratifient : le blanc forme
une couche de la consistance du caoutchouc, tandis que le
jaune devient friable comme de la farine. Et ni l’un ni l’autre
n’ont plus aucun goût ! »
Le 12 octobre 1965, le début des opérations de remontée
commence. Les océanautes referment sur eux la porte de leur
maison, dans laquelle ils sont condamnés à rester jusqu’à la fin
de leur décompression, qui n’intervient que le 17 octobre, à
22 h 50.
Nous sommes nombreux à les féliciter quand ils émergent,
maigres et les yeux un peu clignotants — mais satisfaits , de
leur habitacle.
233
