CAPITAINE DE LA CALYPSO
La tempête se calme. L’alerte est passée. Précontinent III
continue. Je descends de nouveau deux ou trois fois par jour en
soucoupe aider les océanautes. Tous me disent, au téléphone,
combien mes visites les réconfortent : je suis le messager de la
surface. Un peu le messager d’un autre monde... Je les éclaire
avec les phares de mon submersible quand ils travaillent. Un
jour, je m’aperçois qu’Yves Orner essaie de remonter une
pente raide en portant un paquet de câbles. Il trébuche à
chaque pas. L’idée me vient d’avancer vers lui avec la
soucoupe et de le pousser délicatement par-derrière, tout en
éclairant sa route en direction de la maison sous-marine... Je
réussis la manœuvre. Avant d’entrer dans le sas de l’habitation, Yves se retourne vers moi : il grelotte, mais il sourit. Il
m’adresse, à travers mon hublot, un sourire de remerciement.
Chaque fois que je les rejoins, je suis fasciné par les
silhouettes de ces hommes : ils ont l’air vulnérables, et ils le
sont réellement. Mais, d’un autre côté, ce sont les nouveaux
maîtres des profondeurs. Ils évoluent, indifférents à la pesanteur. Ils dansent une sorte de ballet qui ressemble à celui des
astronautes dans leur capsule. Comme les cosmonautes qui
sortent dans l’espace, ils restent attachés à leur maison par un
cordon ombilical : ils mourraient si ce tuyau était coupé. Mais
tandis que, dans l’espace, rien ne vit autour des pionniers, ici
nos projecteurs éclairent des constellations palpitantes de
crustacés planctoniques ou de fines méduses qui volent comme
des comètes.
Le 1er octobre, grâce aux liaisons par satellite, deux maisons
sous la mer entrent en communication : celle de Précontinent III, à Villefranche-sur-Mer, et Sealab II, la station
américaine ancrée par soixante et un mètres de fond près de La
Jolla, en Californie. Philippe Cousteau salue l’océanaute et exastronaute Scott Carpenter à travers deux tranches d’eau — à
dix mille kilomètres de distance.
Les océanautes achèvent leur programme de démontage
remontage de la tête pétrolière factice. Le reste du séjour se
232
La tempête se calme. L’alerte est passée. Précontinent III
continue. Je descends de nouveau deux ou trois fois par jour en
soucoupe aider les océanautes. Tous me disent, au téléphone,
combien mes visites les réconfortent : je suis le messager de la
surface. Un peu le messager d’un autre monde... Je les éclaire
avec les phares de mon submersible quand ils travaillent. Un
jour, je m’aperçois qu’Yves Orner essaie de remonter une
pente raide en portant un paquet de câbles. Il trébuche à
chaque pas. L’idée me vient d’avancer vers lui avec la
soucoupe et de le pousser délicatement par-derrière, tout en
éclairant sa route en direction de la maison sous-marine... Je
réussis la manœuvre. Avant d’entrer dans le sas de l’habitation, Yves se retourne vers moi : il grelotte, mais il sourit. Il
m’adresse, à travers mon hublot, un sourire de remerciement.
Chaque fois que je les rejoins, je suis fasciné par les
silhouettes de ces hommes : ils ont l’air vulnérables, et ils le
sont réellement. Mais, d’un autre côté, ce sont les nouveaux
maîtres des profondeurs. Ils évoluent, indifférents à la pesanteur. Ils dansent une sorte de ballet qui ressemble à celui des
astronautes dans leur capsule. Comme les cosmonautes qui
sortent dans l’espace, ils restent attachés à leur maison par un
cordon ombilical : ils mourraient si ce tuyau était coupé. Mais
tandis que, dans l’espace, rien ne vit autour des pionniers, ici
nos projecteurs éclairent des constellations palpitantes de
crustacés planctoniques ou de fines méduses qui volent comme
des comètes.
Le 1er octobre, grâce aux liaisons par satellite, deux maisons
sous la mer entrent en communication : celle de Précontinent III, à Villefranche-sur-Mer, et Sealab II, la station
américaine ancrée par soixante et un mètres de fond près de La
Jolla, en Californie. Philippe Cousteau salue l’océanaute et exastronaute Scott Carpenter à travers deux tranches d’eau — à
dix mille kilomètres de distance.
Les océanautes achèvent leur programme de démontage
remontage de la tête pétrolière factice. Le reste du séjour se
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