DONALD LE CANARD
inquiets. La mer, qui commençait à bouger le 24 septembre,
devient détestable. La Météorologie nationale annonce une
tempête. Si les câbles venaient à se rompre, les événements
pourraient tourner à la tragédie. Nous prévenons les océanautes : ils se tiennent prêts à investir la tourelle Galeazzi et
les caissons de décompression que nous avons prévus en cas
d’urgence.
Pour éviter d’en arriver là, je comprends qu’il est indispensable de renforcer, sur la potence qui les maintient depuis la
côte, les amarrages des câbles d’alimentation de la maison
sous la mer. Les vagues claquent sur le rivage. Le vent souffle
comme un fou. Je prends le risque. Je rampe comme un singe
(oh! comme je voudrais en être un!) sur la traverse qui
constitue le haut de la potence. J’avance centimètre par
centimètre. La tempête redouble : j’ai peur de ne pas avoir la
force de me cramponner. Je parviens jusqu’à l’angle : je
domine de plus de quinze mètres les rochers sur lesquels les
déferlantes se jettent avec une puissance monstrueuse. Qu’estce qui m’a pris d’oser venir jusque-là? Si je tombais, je serais
mort...
J’essaie de ne penser à rien — à rien d’autre qu’à réparer. Je
double les filins, je consolide ce que je peux, j’ajoute des vis
aux ancrages des poulies.
Et je prends le jus!
Les câbles électriques, dont l’isolation est rendue déficiente
par les embruns salés, m’envoient des décharges de plus en
plus fortes. Je ne vais tout de même pas finir électrocuté !
Les marins du Winnaretta-Singer, venus m’aider, me lancent
des câbles de nylon qu’ils tendent, et qui maintiendront
1 amarrage de la potence. Je songe qu’en bas, à cent mètres
sous la surface de cette mer écumante, des amis dépendent de
la solidité du travail que j’accomplis... A présent, j’ai renforcé
tout ce que je pouvais renforcer. Ou ça tient, et l’expérience
continue; ou ça lâche, et alors... Je bats en retraite (centimètre
P^ centimètre). Je reprends pied sur la terre ferme.
H semble que ça tienne.
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