LE VILLAGE DE LA MER ROUGE
Dans la grande maison, la vie coule sans tension excessive
— comme si, désormais, l’existence subaquatique faisait partie
de la routine. Les océanautes mangent, dorment, travaillent,
se distraient comme chez eux. Ils prennent des bains de soleil :
dans ce monde sans soleil, il ne s’agit que de s’exposer pendant quelques minutes aux rayonnements ultraviolets d’une
lampe à bronzer. Les équipiers Cousteau ne soignent pas leur
apparence : les ultraviolets, qui aident la peau à fabriquer la
vitamine D, sont nécessaires à leur santé.
Les jours passent. Les hommes s’habituent. Leur organisme
s’adapte aux contraintes de la vie sous pression. Ils s’amusent
de quelques curieux phénomènes. L’atmosphère de la maison
sous la mer, deux fois plus dense qu’en surface, freine les
ventilateurs et les fait griller les uns après les autres. Le tabac
des cigarettes brûle deux fois plus vite, car l’air comprimé de
l’Etoile de Mer contient deux fois plus d’oxygène que l’atmosphère. Les égratignures provoquées par les coraux guérissent
comme par enchantement. A l’inverse, la barbe pousse deux
fois moins vite... Par ailleurs, les locataires du récif souffrent de
l’uniformité bleue des teintes. Ils voudraient de la couleur... Ils
refusent d’avoir du poisson au menu : ils auraient l’impression
de manger les merveilleux poissons-anges et les poissonspapillons qui les enchantent dès qu’ils sortent. Peut-être se
sentent-ils un peu devenir poissons eux-mêmes ?
Deux nouveaux océanautes se préparent : André Portelatine
et Raymond « Canoë » Kientzy. Leur logis à eux n’est pas
l’Etoile de Mer, mais la station profonde, ancrée à vingt-cinq
mètres sous la surface. Vêtus d’une combinaison argentée — et
dun masque noir qui les distingue —, ils s’immergent. Ils
prennent possession de leur « sweet home ». Le Pacha et moi,
nous les accompagnons jusque sur le seuil de leur « chez eux ».
Le mélange qu’ils respireront pendant une semaine n’est pas
de 1 air comprimé, comme dans la grande maison : il s’agit
d un complexe d’oxygène, d’azote et d’hélium, sous la pression
de trois atmosphères et demie. Ils effectueront chaque jour une
°u deux missions jusqu’aux environs de cent mètres de
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