CAPITAINE DE LA CALYPSO
faire passer le submersible entre deux des trois pieds de
l’Oursin. Je le stabilise quand il arrive à la verticale de l’entrée
inferieure. J’attends que mes aides extérieurs élinguent l’engin : un treuil me soulève jusqu’au niveau de l’eau. Je puis
sortir de l’habitacle au sec et... replonger en apnée ou en
scaphandre pour gagner la surface et la Calypso.
Je descends une ou deux fois par jour pour assister les
océanautes dans leurs activités. Je les aide à transporter leurs
outils ou à mettre en marche leurs véhicules (les scooters sousmarins) hors du hangar à matériel. Je surveille les agissements
de Jules.
Jules est apparu le jour de l’emménagement. C’est un
barracuda, un énorme sujet du genre ! Plus de deux mètres de
longueur. Des écailles d’argent bleu. A la bouche, des rangées
de dents aiguës — et quatre poignards impressionnants... A
cette époque, nous n’avons pas l’habitude des barracudas.
Nous les redoutons au même titre que les requins : ils sont si
bien armés, si rapides... Nous craignons qu’ils ne goûtentjuste pour se faire une idée — un mollet ou un bras d’équipier
Cousteau... Après des années de plongée dans les mers où ces
carnassiers abondent, je puis dire, aujourd’hui, qu’ils ne sont
jamais dangereux pour l’homme. J’en ai rencontré des cen
taines, parfois en bancs serrés comme des armées de chevaliers
du Moyen Age. Jamais ils n’ont attaqué. La seule fois où j’ai
vu un barracuda mordre, c’était un individu blessé qu’un
pêcheur venait de sortir de l’eau. Légitime défense !
Jules dort contre un pilier du garage de la soucoupe. Dès
l’aube, il guette la sortie des océanautes. Il les inspecte quand
ils nettoient les parois extérieures de leur habitation, vite
couvertes d’algues, de vers et de coquillages incrustants : de
temps à autre, il attrape un brimborion qu’il avale. Il apprécie
les travaux de terrassement, qui chassent du sédiment de
bonnes proies bien grasses. Il semble même s’intéresser aux
tests psychomoteurs, aux expériences de biologie marine et
aux collectes d’échantillons de corail et d’invertébrés !
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