CAPITAINE DE LA CALYPSO
à l’air comprimé pour la faire remonter en surface. Et tout
recommencer. Epuisant...
Ce labeur nous occupe pendant un mois. Des plongeurs sont
malades. Christian Bonnici, Bernard et Marcelin ont un
malaise. Nous nous mettons à l’eau à 6 heures du matin et
nous n’en sortons qu’à 8 heures du soir. Personne ne peut
imaginer, en regardant le film Le Monde sans soleil, quelle
quantité de sueur représente la mise en place du village sous la
mer de Shab Roumi. Il a l’air si harmonieux, dans son paysage
de coraux et de poissons... On dirait qu’il a toujours été là.
Mais nous, nous comptons nos ampoules, nos bleus, nos tours
de reins, nos doigts pincés !
Avec les requins, rien à craindre : je redoutais qu’ils ne nous
posent problème, car j’en avais vu beaucoup la première fois
que j’avais plongé sur le site. Ils ont déserté dès le début du
chantier, effrayés par le remue-ménage. Terrorisés par ces
grands poissons à peau de caoutchouc qui soulèvent des
nuages de poussière, mouillent des monstres jaunes là où il n’y
avait que du corail, et font un tintamarre de tous les diables
dans la mer... Les squales sont prudents. Je rectifie : ils sont
trouillards !
D’autres poissons n’ont pas leur timidité : les poissonsperroquets bosses, par exemple (deux ou trois d’entre eux ont
élu domicile dans les parages); les lutjans rouges; ou les
balistes... Ces derniers deviennent familiers. Ils dorment dans
ta passe qui mène au lagon. Ils nous adoptent. Pendant la
journée, ils nous suivent en plongée. Ils profitent des proies
que nos travaux débusquent. Malins, les bougres...
Le 15 juin 1963, les océanautes emménagent dans la grande
maison jaune, que nous baptisons l’Etoile de Mer à cause de
sa forme : elle comporte un bloc central (le salon-salle à
manger-salle de contrôle) et quatre rayons (deux chambres à
deux lits, une douche-vestiaire et une cuisine-laboratoire). Les
quatre héros sont Claude Wesly (mon compagnon de Précontinent I) ; Pierre Guilbert, le cuistot ; André Folco (mon presque
218
à l’air comprimé pour la faire remonter en surface. Et tout
recommencer. Epuisant...
Ce labeur nous occupe pendant un mois. Des plongeurs sont
malades. Christian Bonnici, Bernard et Marcelin ont un
malaise. Nous nous mettons à l’eau à 6 heures du matin et
nous n’en sortons qu’à 8 heures du soir. Personne ne peut
imaginer, en regardant le film Le Monde sans soleil, quelle
quantité de sueur représente la mise en place du village sous la
mer de Shab Roumi. Il a l’air si harmonieux, dans son paysage
de coraux et de poissons... On dirait qu’il a toujours été là.
Mais nous, nous comptons nos ampoules, nos bleus, nos tours
de reins, nos doigts pincés !
Avec les requins, rien à craindre : je redoutais qu’ils ne nous
posent problème, car j’en avais vu beaucoup la première fois
que j’avais plongé sur le site. Ils ont déserté dès le début du
chantier, effrayés par le remue-ménage. Terrorisés par ces
grands poissons à peau de caoutchouc qui soulèvent des
nuages de poussière, mouillent des monstres jaunes là où il n’y
avait que du corail, et font un tintamarre de tous les diables
dans la mer... Les squales sont prudents. Je rectifie : ils sont
trouillards !
D’autres poissons n’ont pas leur timidité : les poissonsperroquets bosses, par exemple (deux ou trois d’entre eux ont
élu domicile dans les parages); les lutjans rouges; ou les
balistes... Ces derniers deviennent familiers. Ils dorment dans
ta passe qui mène au lagon. Ils nous adoptent. Pendant la
journée, ils nous suivent en plongée. Ils profitent des proies
que nos travaux débusquent. Malins, les bougres...
Le 15 juin 1963, les océanautes emménagent dans la grande
maison jaune, que nous baptisons l’Etoile de Mer à cause de
sa forme : elle comporte un bloc central (le salon-salle à
manger-salle de contrôle) et quatre rayons (deux chambres à
deux lits, une douche-vestiaire et une cuisine-laboratoire). Les
quatre héros sont Claude Wesly (mon compagnon de Précontinent I) ; Pierre Guilbert, le cuistot ; André Folco (mon presque
218
