CAPITAINE DE LA CALYPSO
de Romains ; à Shab Roumi, rien de plus normal... Plaisanterie
à part, en près de quarante années de missions sur la Calypso,
ne me souviens pas d’avoir autant transpiré.
Nous cadastrons le site avec des bouées jaunes. Nous
aménageons les fondations de la maison sous-marine en
égalisant le corail. Nous comblons les trous de manière à
obtenir une plate-forme horizontale. Ceux qui travaillent en
surface cuisent au soleil saharien. Ceux qui plongent se
coltinent des blocs énormes : ils marchent sur le corail comme
des scaphandriers lourds, et ahanent dans leur embout
respiratoire en essayant de vaincre la résistance- de l’élément
liquide... Pour préparer l’immersion de la maison, nous
rangeons sur la plate-forme des gueuses de plomb que Maurice
Léandri nous envoie sur le filin de la grue. Quatre tonnes de
gueuses de cinquante kilogrammes chacune...
Nous remorquons l’habitation à la verticale de ses fondations sous-marines. Incident. La pression baisse dans l’habitacle, qui risque de couler... Je veux réinsuffler de l’air
comprimé dans sa vanne d’entrée. Au moment où, les jambes
dans l’eau, je fixe le tuyau, je sens une atroce brûlure : j’ai
l’impression qu’on me passe les mollets à l’acide sulfurique. Je
saute dans le chaland : j’ai la peau rouge et gonflée depuis les
genoux jusqu’aux orteils. J’ai mis les pieds dans un banc de
méduses dont les tentacules hérissés de cellules urticantes
inoculent un venin redoutable à tout ce qui les frôle...
Les méduses partent avec le courant, tandis que le Rosaldo
s’apprête à pénétrer dans le lagon. Je plonge avec Raymond
Coll et Christian Bonnici pour reconnaître la passe : je fournis
des indications de manœuvre précises au capitaine. Mais
celui-ci, peu habitué à slalomer parmi les écueils, cède à la
panique. Il se présente de travers, donne un coup de barre
malheureux et heurte une tête de corail. Il aurait pu éventrer
son navire, qui s’en tire par miracle avec des éraflures sur la
coque.
Nous amarrons le Rosaldo. Nous construisons une passerelle
de tubes de métal, qui nous permet d’aller à pied depuis le
216
de Romains ; à Shab Roumi, rien de plus normal... Plaisanterie
à part, en près de quarante années de missions sur la Calypso,
ne me souviens pas d’avoir autant transpiré.
Nous cadastrons le site avec des bouées jaunes. Nous
aménageons les fondations de la maison sous-marine en
égalisant le corail. Nous comblons les trous de manière à
obtenir une plate-forme horizontale. Ceux qui travaillent en
surface cuisent au soleil saharien. Ceux qui plongent se
coltinent des blocs énormes : ils marchent sur le corail comme
des scaphandriers lourds, et ahanent dans leur embout
respiratoire en essayant de vaincre la résistance- de l’élément
liquide... Pour préparer l’immersion de la maison, nous
rangeons sur la plate-forme des gueuses de plomb que Maurice
Léandri nous envoie sur le filin de la grue. Quatre tonnes de
gueuses de cinquante kilogrammes chacune...
Nous remorquons l’habitation à la verticale de ses fondations sous-marines. Incident. La pression baisse dans l’habitacle, qui risque de couler... Je veux réinsuffler de l’air
comprimé dans sa vanne d’entrée. Au moment où, les jambes
dans l’eau, je fixe le tuyau, je sens une atroce brûlure : j’ai
l’impression qu’on me passe les mollets à l’acide sulfurique. Je
saute dans le chaland : j’ai la peau rouge et gonflée depuis les
genoux jusqu’aux orteils. J’ai mis les pieds dans un banc de
méduses dont les tentacules hérissés de cellules urticantes
inoculent un venin redoutable à tout ce qui les frôle...
Les méduses partent avec le courant, tandis que le Rosaldo
s’apprête à pénétrer dans le lagon. Je plonge avec Raymond
Coll et Christian Bonnici pour reconnaître la passe : je fournis
des indications de manœuvre précises au capitaine. Mais
celui-ci, peu habitué à slalomer parmi les écueils, cède à la
panique. Il se présente de travers, donne un coup de barre
malheureux et heurte une tête de corail. Il aurait pu éventrer
son navire, qui s’en tire par miracle avec des éraflures sur la
coque.
Nous amarrons le Rosaldo. Nous construisons une passerelle
de tubes de métal, qui nous permet d’aller à pied depuis le
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