LE VILLAGE DE LA MER ROUGE
Mohammed Ali, qui est chargé des relations de notre équipe
avec les autorités locales. Il nous recommande le récif de Shab
Roumi, au-delà du phare de Sanganeb, à trente milles vers le
nord.
«Un endroit merveilleux, dit-il. En langue arabe, Shab
Roumi (Shab Rumi) signifie l’île des Roumis, ou des Romains,
c’est-à-dire des Chrétiens... »
Vu de la surface, le récif de Shab Roumi ne paie pas de
mine : une étendue de mer où affleurent des têtes de corail
grises, dangereuses pour la navigation. Regardé par-dessous,
c’est un paradis : une explosion multicolore de madrépores, de
coraux de feu, d’alcyonaires, de gorgones, d’éponges, avec des
semis de coquillages, d’étoiles de mer et d’oursins, et des
nébuleuses de poissons plus beaux les uns que les autres.
Je m’immerge en soucoupe, en quête du lieu favorable.
Trois reconnaissances successives me déçoivent. L’un des
endroits que je visite possède un balcon naturel à dix mètres;
mais la pente, au-dessous, est vertigineuse : un à-pic de plus de
quatre cents mètres. Supposons que la maison rompe ses
amarres et dévale dans l’abîme : les océanautes seraient
perdus...
Je finis par entrevoir l’idéal. Deux marches de corail aux
bonnes profondeurs... Tout près, un lagon dans lequel le
Rosaldo et la Calypso pourront mouiller... Je dirige la soucoupe
vers la surface. Une heure plus tard, en scaphandre autonome,
accompagné du commandant Cousteau, du commandant
Alinat et de Frédéric Dumas, je descends de nouveau. Nous
palmons le long d’un tombant de calcaire hérissé de gorgones,
d alcyonaires et de buissons de corail noir (lequel, quand il est
vivant, est d’un superbe blanc argenté : seul son squelette est
sombre). Frédéric Dumas mesure les profondeurs. Le premier
alcon est à onze mètres, le second à vingt-huit.
îci, ce sera bien.
Nous attendons l’arrivée de notre cargo d’accompagnement : le Rosaldo, bourré jusqu’aux écoutilles de matériel
°urd, ne va pas vite. Nous nous mettons au boulot : un travail
215
Mohammed Ali, qui est chargé des relations de notre équipe
avec les autorités locales. Il nous recommande le récif de Shab
Roumi, au-delà du phare de Sanganeb, à trente milles vers le
nord.
«Un endroit merveilleux, dit-il. En langue arabe, Shab
Roumi (Shab Rumi) signifie l’île des Roumis, ou des Romains,
c’est-à-dire des Chrétiens... »
Vu de la surface, le récif de Shab Roumi ne paie pas de
mine : une étendue de mer où affleurent des têtes de corail
grises, dangereuses pour la navigation. Regardé par-dessous,
c’est un paradis : une explosion multicolore de madrépores, de
coraux de feu, d’alcyonaires, de gorgones, d’éponges, avec des
semis de coquillages, d’étoiles de mer et d’oursins, et des
nébuleuses de poissons plus beaux les uns que les autres.
Je m’immerge en soucoupe, en quête du lieu favorable.
Trois reconnaissances successives me déçoivent. L’un des
endroits que je visite possède un balcon naturel à dix mètres;
mais la pente, au-dessous, est vertigineuse : un à-pic de plus de
quatre cents mètres. Supposons que la maison rompe ses
amarres et dévale dans l’abîme : les océanautes seraient
perdus...
Je finis par entrevoir l’idéal. Deux marches de corail aux
bonnes profondeurs... Tout près, un lagon dans lequel le
Rosaldo et la Calypso pourront mouiller... Je dirige la soucoupe
vers la surface. Une heure plus tard, en scaphandre autonome,
accompagné du commandant Cousteau, du commandant
Alinat et de Frédéric Dumas, je descends de nouveau. Nous
palmons le long d’un tombant de calcaire hérissé de gorgones,
d alcyonaires et de buissons de corail noir (lequel, quand il est
vivant, est d’un superbe blanc argenté : seul son squelette est
sombre). Frédéric Dumas mesure les profondeurs. Le premier
alcon est à onze mètres, le second à vingt-huit.
îci, ce sera bien.
Nous attendons l’arrivée de notre cargo d’accompagnement : le Rosaldo, bourré jusqu’aux écoutilles de matériel
°urd, ne va pas vite. Nous nous mettons au boulot : un travail
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