CAPITAINE DE LA CALYPSO
« Cette première expérience est trop mécanisée. La prochaine fois, j’aimerais qu’on m’installe dans ma bulle et qu’on
se borne à me dire : Débrouille-toi avec les poissons ! »
Le cinquième jour, nous avons un petit pépin. Nous
travaillons à construire un grillage, par vingt mètres de fond et
à cent mètres de Diogène, lorsque Claude Wesly me fait signe
qu’il manque d’air. Je lui passe mon embout : il s’emplit les
poumons. Nous nous dirigeons vers la maison. Je le fais
respirer de place en place. A vingt mètres de l’entrée, il file vers
l’habitacle. Explication de l’incident : sa quadribouteille a été
mal remplie par nos amis de la surface... Pour éviter que cette
situation ne se représente, le Pacha nous fait installer, un peu
partout sur le fond, des tonneaux de secours d’air comprimé —
où nous pouvons trouver de quoi respirer cinq ou six minutes
en attendant des bouteilles pleines.
Le sixième jour est merveilleux. Je jouis de mon état
d’océanaute. Pour la première fois, j’ai le temps de regarder
sous la mer. Finie, l’obsession du chronomètre!... Je détaille
chaque mètre de l’herbier de posidonies. Certaines de ces
plantes ont fleuri : de jolies corolles discrètes, jaune-vert, que
je n’avais jamais observées auparavant. La nuit, à la lumière
des projecteurs, la prairie sous-marine grouille de vie. Les
anémones de mer et les cérianthes déploient leurs panaches de
tentacules : malheur à la crevette qui touche l’un de ces fouets
venimeux ! Des crabes arpentent le fond. Des pinnes (nacres)
bâillent. Des étoiles de mer rouges et d’autres ocre rampent sur
le fond : lorsqu’elles touchent un bivalve (huître, spondyle,
moule), elles déploient la puissance de leurs bras; elles
l’ouvrent ; puis elles font passer leur estomac dans la coquille
de leur proie, qu’elles digèrent sur place.
Des hippocampes s’accrochent par la queue aux herbes du
fond. J’en vois qui s’accouplent : la femelle pond des œufs dans
une poche ventrale du mâle. Ce dernier se charge de l’incubation. Lorsque les alevins écloront, il endurera les douleurs de
1 enfantement : ce soir, Monsieur accouche...
J observe, en compagnie de Claude, une holothurie qui
210
« Cette première expérience est trop mécanisée. La prochaine fois, j’aimerais qu’on m’installe dans ma bulle et qu’on
se borne à me dire : Débrouille-toi avec les poissons ! »
Le cinquième jour, nous avons un petit pépin. Nous
travaillons à construire un grillage, par vingt mètres de fond et
à cent mètres de Diogène, lorsque Claude Wesly me fait signe
qu’il manque d’air. Je lui passe mon embout : il s’emplit les
poumons. Nous nous dirigeons vers la maison. Je le fais
respirer de place en place. A vingt mètres de l’entrée, il file vers
l’habitacle. Explication de l’incident : sa quadribouteille a été
mal remplie par nos amis de la surface... Pour éviter que cette
situation ne se représente, le Pacha nous fait installer, un peu
partout sur le fond, des tonneaux de secours d’air comprimé —
où nous pouvons trouver de quoi respirer cinq ou six minutes
en attendant des bouteilles pleines.
Le sixième jour est merveilleux. Je jouis de mon état
d’océanaute. Pour la première fois, j’ai le temps de regarder
sous la mer. Finie, l’obsession du chronomètre!... Je détaille
chaque mètre de l’herbier de posidonies. Certaines de ces
plantes ont fleuri : de jolies corolles discrètes, jaune-vert, que
je n’avais jamais observées auparavant. La nuit, à la lumière
des projecteurs, la prairie sous-marine grouille de vie. Les
anémones de mer et les cérianthes déploient leurs panaches de
tentacules : malheur à la crevette qui touche l’un de ces fouets
venimeux ! Des crabes arpentent le fond. Des pinnes (nacres)
bâillent. Des étoiles de mer rouges et d’autres ocre rampent sur
le fond : lorsqu’elles touchent un bivalve (huître, spondyle,
moule), elles déploient la puissance de leurs bras; elles
l’ouvrent ; puis elles font passer leur estomac dans la coquille
de leur proie, qu’elles digèrent sur place.
Des hippocampes s’accrochent par la queue aux herbes du
fond. J’en vois qui s’accouplent : la femelle pond des œufs dans
une poche ventrale du mâle. Ce dernier se charge de l’incubation. Lorsque les alevins écloront, il endurera les douleurs de
1 enfantement : ce soir, Monsieur accouche...
J observe, en compagnie de Claude, une holothurie qui
210
