LA MAISON SOUS LA MER
autre plongeur arrive dans la maison sous la mer : c’est le
cuistot Guilbert. Il me tend un paquet de biscottes... entières !
Evidemment, là-haut, ils m’ont entendu... Big Brother nous
regarde... Guilbert se confond en excuses. La tête qu’il fait me
remet de bonne humeur : je lui demande d’oublier mon
esclandre.
Nous passons une partie de la matinée en tests psychomoteurs, avec le professeur Chouteau. Notre tâche consiste à
reconstituer le plus vite possible des motifs de mosaïque en
utilisant des cubes noirs et blancs. Je retombe en enfance; il y
a longtemps que je ne m’étais pas aussi bien amusé. Surtout
qu’ensuite Chouteau nous demande d’empiler des chaises et
des tables!...
A midi, le Pacha nous rejoint. Il nous dit que nos tests sont
bons : les longs séjours sous l’eau ne désorganisent pas le
cerveau de l’océanaute !... Je lui raconte mes angoisses de la
nuit. A la télévision, on n’a rien décelé — sinon que j’étais un
peu nerveux. Nous déjeunons ; nous prenons le café. Le soir,
au téléphone, nous nous parlons de nouveau longuement.
Cousteau me fait observer que Claude et moi n’avons pas
allumé la télévision. Nous n’y avons même pas songé... Il me
demande ce qui nous distrairait vraiment. Je réponds, et
Claude m’approuve d’un hochement de tête : « Un tournedisque, avec de la musique classique ! » Le Pacha ajoute que
nos goûts culinaires se modifient, eux aussi : nous ne réclamons plus de plats en sauce; rien que des grillades et des
légumes. Y aurait-il un rapport entre la musique classique et
les grillades ?
Nous laissons entendre à Cousteau que les visites —
amicales, mais inutiles — de nos amis plongeurs commencent
à nous peser. Nous habitons une maison électronique où il
suffit d’appuyer sur un bouton pour être servi. Nous avons
quarante bras et quarante jambes, mais plus aucune initiative
individuelle, plus aucune intimité — presque plus de personnalité. Je suppose que les cosmonautes éprouvent un sentiment
comparable, dans leur capsule. J’écris dans mon Journal :
209
autre plongeur arrive dans la maison sous la mer : c’est le
cuistot Guilbert. Il me tend un paquet de biscottes... entières !
Evidemment, là-haut, ils m’ont entendu... Big Brother nous
regarde... Guilbert se confond en excuses. La tête qu’il fait me
remet de bonne humeur : je lui demande d’oublier mon
esclandre.
Nous passons une partie de la matinée en tests psychomoteurs, avec le professeur Chouteau. Notre tâche consiste à
reconstituer le plus vite possible des motifs de mosaïque en
utilisant des cubes noirs et blancs. Je retombe en enfance; il y
a longtemps que je ne m’étais pas aussi bien amusé. Surtout
qu’ensuite Chouteau nous demande d’empiler des chaises et
des tables!...
A midi, le Pacha nous rejoint. Il nous dit que nos tests sont
bons : les longs séjours sous l’eau ne désorganisent pas le
cerveau de l’océanaute !... Je lui raconte mes angoisses de la
nuit. A la télévision, on n’a rien décelé — sinon que j’étais un
peu nerveux. Nous déjeunons ; nous prenons le café. Le soir,
au téléphone, nous nous parlons de nouveau longuement.
Cousteau me fait observer que Claude et moi n’avons pas
allumé la télévision. Nous n’y avons même pas songé... Il me
demande ce qui nous distrairait vraiment. Je réponds, et
Claude m’approuve d’un hochement de tête : « Un tournedisque, avec de la musique classique ! » Le Pacha ajoute que
nos goûts culinaires se modifient, eux aussi : nous ne réclamons plus de plats en sauce; rien que des grillades et des
légumes. Y aurait-il un rapport entre la musique classique et
les grillades ?
Nous laissons entendre à Cousteau que les visites —
amicales, mais inutiles — de nos amis plongeurs commencent
à nous peser. Nous habitons une maison électronique où il
suffit d’appuyer sur un bouton pour être servi. Nous avons
quarante bras et quarante jambes, mais plus aucune initiative
individuelle, plus aucune intimité — presque plus de personnalité. Je suppose que les cosmonautes éprouvent un sentiment
comparable, dans leur capsule. J’écris dans mon Journal :
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