CAPITAINE DE LA CALYPSO
moindre modification de notre « mental ». Bien entendu, nous
n’en faisons rien. Le soir, il nous faut du temps pour trouver le
sommeil. Je passe une nuit épouvantable. Voici ce que, le
lendemain, je note dans mon Journal :
« Moi qui n’avais pas rêvé depuis belle lurette, je me
rattrape... Un cauchemar affreux : oppression, étouffement,
angoisse, panique... Une main m’étrangle, il faut que je sorte
de ce tonneau de fer — que je remonte... Je me réveille, je vais
au trou, je regarde l’eau. Je vérifie les indicateurs. Tout est
normal. Claude dort. Je me recouche, mais j’ai les yeux
ouverts. Je me sens seul, abandonné, pris au piège. Je suis
condamné à rester sous Teau une semaine entière. Je ne suis
pas libre de remonter. J’aimerais voir les étoiles : j’ai besoin de
la Voie lactée. Mais, pour gagner la surface, il me faut éliminer
mon azote, et cela, je ne puis le faire que lentement, avec le
concours de ceux qui, là-haut, veillent sur moi. J’ai peur, une
peur irraisonnée. Pour me calmer, je me dis que toutes les
précautions sont prises. En ce moment, quelqu’un m’observe à
la télévision, là-haut. Mais je ne parviens pas à me rassurer.
Une idée m’obsède, absurde : et si le hublot se fissurait? Si
l’eau montait ? Sans doute resterait-il assez d’air dans le haut
du caisson pour que nous ayons le temps d’enfiler nos
scaphandres et de sortir. Mais après ? Nous ne pourrions pas
remonter aussi longtemps que notre problème de décompression ne serait pas résolu... Je ne parviens pas à me rendormir.
Le bruit que fait l’air en s’échappant, au niveau de l’eau, est
infernal. De nuit, il devient obsédant. Les bulles explosent
comme dans une bouilloire géante. Cela ressemble au bruit
que font les galets que la tempête roule sur la grève... »
Le quatrième jour, je ne suis pas à prendre avec des
pincettes. J’accueille le plongeur qui nous apporte le petit
déjeuner par un brutal :
« Elles sont toutes cassées, tes biscottes ! »
Il me considère, étonné. Je n’ai pas habitué mes compagnons à ce genre de sorties... Quelques minutes plus tard, un
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