LA MAISON SOUS LA MER
jour (prise de sang, analyse d’urine, tension, électrocardiogramme, électro-encéphalogramme : tout le fourbi).
Le commandant Cousteau nous rejoint vers 19 heures et
nous aide à nous installer. Nous dînons tous trois sur la petite
table du logis sous-marin. Quand le Pacha nous quitte pour
regagner la surface, et que nous nous préparons à passer notre
première nuit d’océanautes, nous savons que quelque chose
d’irrémédiable commence : demain, nous serons à saturation.
Les dix mètres qui nous séparent de l’atmosphère libre seront
devenus plus infranchissables que le mur de Berlin pendant la
guerre froide.
Nous finissons de nous organiser : tout homme a ses manies,
qu’il transporte au sommet des montagnes, dans l’espace ou
au fond des mers. Claude Wesly et moi n’échappons pas à la
règle. Nous regardons un moment la télévision (des variétés...). Nous nous étendons sur nos couchettes. L’humidité
(cent pour cent !) est gênante : nous sommes moites. A part ça,
je me sens bien. Je ferme les yeux. Je m’endors.
Les deux premières journées se passent à merveille. Nous
effectuons cinq heures quotidiennes de travail (deux le matin,
deux l’après-midi, une la nuit). Nous sortons en scaphandre.
Nous nageons loin de Diogène. Nous descendons à vingt-cinq
mètres. Nous levons des gueuses, nous attachons des chaînes,
nous vissons des vis, nous martelons de la tôle... Nous nous
livrons à des tests psychomoteurs que nous concoctent nos
médecins : il s’agit d’entasser des cubes, de tracer des lignes
droites, de rassembler des puzzles, etc.
Le matin du troisième jour marque un changement d’humeur. Claude Wesly et moi nous réveillons de la mauvaise
palme... Inquiets. Irrités. Mal dans notre peau... Nous nous
sentons vulnérables. Nous n’avons pas envie, comme d’habitude, de plaisanter. Nous attaquons le boulot sans enthousiasme. J’ai peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas tenir
durant toute l’expérience. C’est comme si je trouvais devant
moi un perpétuel obstacle, impossible à franchir. Nous avons
pour consigne de signaler à la surface la moindre angoisse, la
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