LA MAISON SOUS LA MER
Calypso. N’imaginez pas un palace, ni même un pavillon de
banlieue... C’est un tonneau d’acier peint en jaune, de cinq
mètres de longueur et de deux mètres cinquante de diamètre,
qui possède un puits d’entrée inférieur. Comme il s’agit d’un
tonneau, nous le baptisons Diogène, par allusion au logement
que le philosophe de l’Antiquité s’était choisi.
Le site retenu pour l’expérience ? Une fois de plus, « mes »
îles marseillaises ; plus précisément, Pomègue — à quelques
encablures du château d’If. Tandis que mes amis s’activent à
mettre en place l’habitacle, par dix mètres de fond, sur un
balcon de roche, je me concentre. Nous resterons sept jours
sous la mer. En principe, cette mission ne comporte pas de
risque. Les spécialistes du C.E.M.A. ont testé les effets de la
plongée à saturation sur des animaux — moutons, boucs,
cochons... Nous devrions résister aussi bien que le bétail!
Cependant, je sens monter en moi l’angoisse. Je regarde mon
compagnon d’expérience, Claude Wesly : lui aussi a le sourire
crispé. Nous allons accomplir ce qu’aucun homme n’a jamais
tenté.
Nous savons qu’une fois à saturation il nous sera interdit de
remonter — sous peine de mort — sans avoir subi une longue
décompression. Nous ne perdrons pas de vue la lumière du
soleil (dix mètres, ce n’est pas énorme) ; mais nous n’aurons à
aucun moment le droit de donner les quelques coups de
palmes qui nous suffiraient pour réintégrer le monde « normal ». Ce sera le plus difficile. Plonger, travailler au fond :
nous savons le faire; nous sommes payés pour cela... Autre
chose est de se constituer prisonnier des pressions — et de
savoir qu’on aura besoin d’une certaine période pour redevenir
un homme ordinaire... Et si nous tombions malades? Et si
Claude ou moi devions être opérés d’urgence ?
Tout est prêt le 14 septembre 1962. La maison sous la mer
est immergée. Diogène nous attend. Les journalistes sont
nombreux, sur des barques de location, autour de la Calypso et
du navire du C.E.M.A., l’Espadon, qui nous assiste dans cette
205
Calypso. N’imaginez pas un palace, ni même un pavillon de
banlieue... C’est un tonneau d’acier peint en jaune, de cinq
mètres de longueur et de deux mètres cinquante de diamètre,
qui possède un puits d’entrée inférieur. Comme il s’agit d’un
tonneau, nous le baptisons Diogène, par allusion au logement
que le philosophe de l’Antiquité s’était choisi.
Le site retenu pour l’expérience ? Une fois de plus, « mes »
îles marseillaises ; plus précisément, Pomègue — à quelques
encablures du château d’If. Tandis que mes amis s’activent à
mettre en place l’habitacle, par dix mètres de fond, sur un
balcon de roche, je me concentre. Nous resterons sept jours
sous la mer. En principe, cette mission ne comporte pas de
risque. Les spécialistes du C.E.M.A. ont testé les effets de la
plongée à saturation sur des animaux — moutons, boucs,
cochons... Nous devrions résister aussi bien que le bétail!
Cependant, je sens monter en moi l’angoisse. Je regarde mon
compagnon d’expérience, Claude Wesly : lui aussi a le sourire
crispé. Nous allons accomplir ce qu’aucun homme n’a jamais
tenté.
Nous savons qu’une fois à saturation il nous sera interdit de
remonter — sous peine de mort — sans avoir subi une longue
décompression. Nous ne perdrons pas de vue la lumière du
soleil (dix mètres, ce n’est pas énorme) ; mais nous n’aurons à
aucun moment le droit de donner les quelques coups de
palmes qui nous suffiraient pour réintégrer le monde « normal ». Ce sera le plus difficile. Plonger, travailler au fond :
nous savons le faire; nous sommes payés pour cela... Autre
chose est de se constituer prisonnier des pressions — et de
savoir qu’on aura besoin d’une certaine période pour redevenir
un homme ordinaire... Et si nous tombions malades? Et si
Claude ou moi devions être opérés d’urgence ?
Tout est prêt le 14 septembre 1962. La maison sous la mer
est immergée. Diogène nous attend. Les journalistes sont
nombreux, sur des barques de location, autour de la Calypso et
du navire du C.E.M.A., l’Espadon, qui nous assiste dans cette
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