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La bette de mon père
Le tramway de l'Estaque • L'odeur du coaltar
Le pointu méditerranéen • Un livre d'images
Les goélands du Riou.
Un samedi du mois de juillet de l’année 1933. J’ai presque
six ans. Mon père me prend par la main : il a dans les yeux une
petite flamme malicieuse que je ne m’explique pas — et le
sourire aux lèvres. Mon oncle Paul nous rejoint. Nous
grimpons dans le tramway de l’Estaque, qui part de la place
Sadi-Carnot, à Marseille.
Il fait lourd : la canicule provençale... Mais le wagon est
ouvert aux quatre vents. Nous brinquebalons vers le littoral.
Tintamarre de ferraille. Crissement de roues... J’aperçois au
loin le bleu de la Méditerranée. Mes yeux s’emplissent de cette
couleur de rêve. Il me semble que mon cerveau se teint d’azur.
J’observe l’horizon, les îles de Marseille. Pas un mot... Je
contemple les bateaux qui passent.
Les bateaux! Ils fendent la mer et soulèvent de part et
d’autre de leur étrave des gerbes d’écume blanche. J’ai
l’impression d’avoir embarqué : je suis debout sur le pont
avant. Je scrute l’horizon en quête d’inconnu — îles du bout
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