UNE ENFANCE MARSEILLAISE
du romarin à ma mère. Au printemps, je cueille des asperges
sauvages — au goût si délicat. A l’automne, dans le parfum
des bruyères en fleur, je ramasse des champignons — la girolle
et le cèpe, le lactaire délicieux et l’oronge des Césars, qui est si
belle que c’est presque un péché de la manger...
Toutes ces découvertes me font comprendre que la vie s’est
diversifiée de façon prodigieuse, et qu’elle s’accroche partout.
Dans la moindre fissure de la pierre. Dans la plus petite cavité
marine... C’est une leçon que je n’oublierai jamais, et qui me
paraîtra particulièrement pertinente lorsque, membre de
l’équipe Cousteau, je visiterai l’Arctique et l’Antarctique, les
îles de lave et les abysses sans lumière, les montagnes des
Andes et les déserts d’Egypte...
Le soir, dans la calanque, quand les cigales ont cessé de
crisser et que des nuages de lucioles tourbillonnent comme des
étoiles sous le couvert obscur des pins, nous nous rassemblons
dans un petit restaurant. A la lueur de la lampe à pétrole (Dieu
merci, il n’y a toujours pas l’électricité à Sormiou!), nous
faisons griller au feu de bois de succulentes girelles, des
rougets, des rascasses ou des mulets...
C’est l’occasion, pour les adultes, de raconter le lot d’histoires dont les Marseillais semblent pourvus dès la naissance.
Quant à moi, je me remémore les rencontres que j’ai faites
dans la journée. J’ai regardé une crevette les yeux dans les
yeux. J’ai détaillé la beauté des écailles d’une girelle royale.
J’ai deviné, derrière un massif de posidonies, le manège d’un
labre mâle en train de faire son nid : une fois achevé ce logis, le
petit poisson y a attiré sa femelle en se livrant à une danse
nuptiale compliquée.
• Je regrette de ne pouvoir observer tout cela que fort mal, à
travers la couche d’eau qui trouble la vision des hommes.
J’ignore encore qu’il existe des masques de plongée.
du romarin à ma mère. Au printemps, je cueille des asperges
sauvages — au goût si délicat. A l’automne, dans le parfum
des bruyères en fleur, je ramasse des champignons — la girolle
et le cèpe, le lactaire délicieux et l’oronge des Césars, qui est si
belle que c’est presque un péché de la manger...
Toutes ces découvertes me font comprendre que la vie s’est
diversifiée de façon prodigieuse, et qu’elle s’accroche partout.
Dans la moindre fissure de la pierre. Dans la plus petite cavité
marine... C’est une leçon que je n’oublierai jamais, et qui me
paraîtra particulièrement pertinente lorsque, membre de
l’équipe Cousteau, je visiterai l’Arctique et l’Antarctique, les
îles de lave et les abysses sans lumière, les montagnes des
Andes et les déserts d’Egypte...
Le soir, dans la calanque, quand les cigales ont cessé de
crisser et que des nuages de lucioles tourbillonnent comme des
étoiles sous le couvert obscur des pins, nous nous rassemblons
dans un petit restaurant. A la lueur de la lampe à pétrole (Dieu
merci, il n’y a toujours pas l’électricité à Sormiou!), nous
faisons griller au feu de bois de succulentes girelles, des
rougets, des rascasses ou des mulets...
C’est l’occasion, pour les adultes, de raconter le lot d’histoires dont les Marseillais semblent pourvus dès la naissance.
Quant à moi, je me remémore les rencontres que j’ai faites
dans la journée. J’ai regardé une crevette les yeux dans les
yeux. J’ai détaillé la beauté des écailles d’une girelle royale.
J’ai deviné, derrière un massif de posidonies, le manège d’un
labre mâle en train de faire son nid : une fois achevé ce logis, le
petit poisson y a attiré sa femelle en se livrant à une danse
nuptiale compliquée.
• Je regrette de ne pouvoir observer tout cela que fort mal, à
travers la couche d’eau qui trouble la vision des hommes.
J’ignore encore qu’il existe des masques de plongée.
