CAPITAINE DE LA CALYPSO
port de Sormiou. A mes yeux, c’est l’Atlantique : je triomphe
de l’Atlantique !
Un an plus tard, je franchis la calanque dans sa plus grande
largeur. Adolescent, je m’entraînerai comme un nageur de
fond : seul dans l’eau pendant cinq heures ou davantage, non
seulement je traverserai la calanque de Sormiou en long, en
large et en travers, mais j’irai à la brasse jusqu’à Morgiou ou
Cortiou. Il m’arrivera de partir de Cassis par la mer jusqu’à
La Ciotat, en demandant simplement à un proche de venir m’y
reprendre en voiture.
A cinq ans, je me bricole une canne à pêche avec un bout de
fil et un hameçon « empruntés » à mon père. Je revois le
sourire de ce dernier quand il me regarde filer vers l’eau avec
mon attirail...
Je jette la ligne près du port. A peine l’appât (un morceau de
bigorneau) est-il immergé que je hurle : «J’en ai un! J’en ai
un gros !... » Papa rit de plus belle. Pour lui, c’est une galéjade.
Surprise quand il approche : j’ai ferré un congre d’un mètre
cinquante! Le poisson, beaucoup plus grand que moi, se
défend puissamment. Je glisse de mon rocher. Je tombe à
l’eau...
Une fois de plus, mon père me sort du bain.
Je n’ai pas lâché ma canne miraculeuse (il aurait fallu qu’on
m’arrache le bras!). Nous attrapons l’animal. Imaginez ma
fierté lorsque je montre à ma famille cette énorme anguille gris
argenté, à la gueule pointue, garnie de dents acérées, et au
corps de boa! En ce temps-là, la Méditerranée est vraiment
riche... Les congres hantent les trous proches du bord. Ils ne
sont pas seuls : on trouve des rascasses à deux mètres de fond,
et des mérous à cinq ou six. Les loups frayent dans les
gravières des grottes voisines : ils frétillent dans moins de
cinquante centimètres d’eau.
Je ne suis pas attiré que par la mer. Quand je ne nage pas,
j escalade les éboulis et les falaises des calanques (à une
époque où Gaston Rébuffat commence probablement aussi de
le faire
mais en grand varappeur !). Je rapporte du thym et
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