CAPITAINE DE LA CALYPSO
photographiques. Elle est reçue à bord de la Calypso avec le
prince Rainier.
Cousteau me présente à Leurs Altesses comme l’un de ses
meilleurs plongeurs et son principal pilote de soucoupe. Je
rougis jusqu’aux cheveux. Il me semble que j’ai une louche de
colle sur la langue. Je bafouille. Grâce de Monaco est superbe.
La blondeur et la finesse incarnées, avec cette touche de
sophistication à laquelle le titre de noblesse ajoute... Je me sens
ridicule, dans mon costume d’emprunt, avec mon nœud
papillon de travers et mes chaussettes qui (j’en suis sûr) tirebouchonnent. Quand la princesse me dit que j’ai de la chance
de mener une vie aussi passionnante, je voudrais, ne serait-ce
qu’un instant, avoir suffisamment de talent pour décrire les
émotions qu’on ressent en plongée. Mais tout ce que je tire de
ma cervelle et de ma bouche paralysées, c’est un ridicule :
« Vous aussi, Majesté, vous avez de la chance ! »
Au lieu de « Majesté », je manque même de dire
« madame »... Heureusement qu’aucun journaliste n’enregistre ce désastre !
Je me rends à l’évidence : je suis plus à l’aise avec les
poissons qu’avec les princesses. C’est la raison pour laquelle,
deux jours plus tard, je me faufile de nouveau dans ma
soucoupe.
Je pilote le professeur Laborel dans le dédale du canyon de
Cassidaigne, au large des calanques de Marseille. J’ai navigué
au-dessus de cette fosse avec le Surcouf et le Hou Hop. Comment
aurais-je pu, alors, imaginer qu’un jour je la contemplerais
par-dessous ?
Il s’agit d’une fissure aux parois vertigineuses, tapissées
d’éponges, de gorgones jaunes ou rouges, d’eunicelles
blanches, de corail rouge et de grands coraux antipathaires.
Ces derniers passionnent mon passager. Ce sont des animaux
coloniaux qui me font penser à des tamaris sous-marins : on
dirait des buissons à « fleurs » (polypes) roses. Le professeur
me demande d’en cueillir des branches en utilisant le bras
manipulateur du submersible. Ce n’est pas facile, en pleine
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