LE FEU J LA SOUCOUPE
tuyères : le submersible est bloqué! Ingouvernable... Je m’escrime à essayer de le décoincer : sans résultat...
Pas de panique... Le meilleur moyen consiste probablement
à forcer d’un seul côté... J’exécute une brutale marche arrière.
Le piège de corail écarte ses mâchoires. Je largue le lest de
remontée : la soucoupe décolle, aussi légère dans le fluide
aquatique qu’un ballon à air chaud dans l’atmosphère.
C’est à ce moment que nous éprouvons une nouvelle
inquiétude : des gouttes d’eau roulent sur la paroi, à l’intérieur
de la coque. D’où viennent-elles ? Nous les suivons vers leur
source. Elles naissent à la jointure du couvercle. L’angoisse...
Bien sûr, nous pouvons encore déclencher le processus de
remontée d’urgence, en lâchant notre gueuse de sécurité, voire
(en tout dernier recours) notre lest de mercure. Mais nous
désirons tellement que cette plongée se termine en succès franc
et massif...
Nous approchons de la surface. Le commandant Cousteau
vient à notre rencontre en scaphandre autonome. Il nous
montre, par le hublot, une ardoise sur laquelle il a écrit :
« Voulons filmer largage gueuse sécurité ! »
Ça ne pouvait pas mieux tomber!... Je me prépare à
exécuter l’instruction, lorsque retentit dans la soucoupe une
énorme explosion. Jean Mollard et moi restons abasourdis...
Quelque chose a sauté du côté des batteries... Cousteau nous
regarde par le hublot, inquiet... Les plongeurs de la Calypso
s’activent. Ils nous crochent au câble de la grue « Yumbo »,
qui nous enlève dans l’atmosphère et nous dépose sur la plage
arrière du bateau. Je dévisse le couvercle du submersible,
quand j’entends derrière moi la voix de Jean Mollard qui dit
d’un ton très calme :
« Bébert, à ta place, je me dépêcherais d’ouvrir. Il y a le feu
dans la soucoupe ! »
Nous nous extirpons de l’engin en crachant nos poumons
dans une fumée noire ; la grue remet le submersible à la mer
pour noyer l’incendie. Nous constatons les dégâts. Nous
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