CAPITAINE DE LA CALYPSO
j’essaie d’en toucher un mot à l’éminent représentant de la
société d’Etat. Il me rit au nez. Le gazoduc ne sera jamais fait.
Je retourne à mes poissons...
Au mois de juillet 1959, la soucoupe plongeante est prête.
Nous la baptisons (au champagne, comme il se doit) dans le
Vieux Port de Marseille. Pour faire bonne mesure, nous
recommençons aux îles du Frioul. Notre sous-marin d’exploration biplace est une merveille. Opérationnel jusqu’à trois cent
cinquante mètres de profondeur, il possède un rayon d’action
de six kilomètres et une autonomie de quatre à cinq heures
(l’autonomie respiratoire, en cas de pépin, est de vingt-quatre
heures). Propulsé et orienté grâce aux jets d’eau de deux
tuyères, il fonctionne par réaction (comme les calmars), et il
puise son énergie dans des batteries électriques. Son poids
total est de trois tonnes et demie.
Les deux passagers sont à la pression atmosphérique
pendant la durée de la plongée. Le pilote et son compagnon se
couchent à plat ventre, chacun devant un hublot grand angle
de cent trente millimètres de diamètre. Le submersible est
équipé d’une pince à prélèvements, de systèmes de liaison en
phonie avec la surface, et d’équipements de photographie et de
cinéma.
Telle est la merveille..
Nous lui faisons subir ses derniers tests « à blanc » — sans
passagers. L’étanchéité est parfaite, les commandes donnent
satisfaction.
Ce qui me donne encore plus satisfaction, c’est cette
question du Pacha :
« Dites-moi, Falco*: ça vous dirait d’être le premier pilote de
la soucoupe ? »
Si ça me dit? J’en rêve... La soucoupe, je connais; j’ai
l’impression qu’elle a été faite pour moi. Je suis entré dedans
bien souvent, à Marseille, pendant sa construction. Je n’ai plus
qu une envie : la piloter dans la mer, où elle donnera la mesure
de son efficacité.
L événement aura lieu au mois d’octobre, à Porto-Rico186
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