CAPITAINE DE LA CALYPSO
le chagrin de le voir tel qu’il est en réalité — misérable
bagnard à qui son geôlier fait tâter les murs du cachot...
Quelques jours plus tard, je prends une femelle (une
dauphine ou une delphine, comme on voudra). Elle appartient
à la même espèce que le mâle : Delphinus delphis, le dauphin
commun. J’espère qu’en couple mes captifs seront moins
malheureux. Hélas ! Le mâle meurt en moins d’une semaine —
de maladie et de désespoir. La femelle endure comme elle peut
les contraintes de la détention. Elle s’habitue à ma personne.
Elle devient même amicale. Le matin, quand j’arrive et qu’elle
entend grincer les portes qui donnent accès à son bassin, elle
émet des gazouillis, des roucoulements, des couinements
cliquetés que j’interprète (peut-être trop facilement...) comme
des cris de joie. Lorsque je plonge avec elle, elle me fait fête.
Elle tourne, elle virevolte, elle saute, elle se frotte contre mon
corps, elle me donne d’affectueuses nasardes.
Nous la garderons six mois dans son bassin. Un jour, elle
demeurera obstinément silencieuse à mon arrivée. Malgré mes
caresses et les beaux poissons que je lui offrirai, elle refusera de
jouer, et même de bouger. Le lendemain, nous la trouverons
morte...
Pour le Pacha, l’expérience sera concluante. Dans le mauvais sens... « Moi directeur, dira-t-il, il n’y aura pas de bassin
des dauphins au Musée de Monaco. Jamais je ne donnerai ma
caution à un marineland... »
Tout n’est pas négatif, dans cette histoire. Au contact des
dauphins, j’ai appris la patience. La douceur. La lenteur des
gestes. Le respect de l’autre, fût-il un animal... Je sais,
notamment grâce aux longues heures passées dans l’eau avec
la dauphine prisonnière, que chaque cétacé possède son
caractère et sa personnalité ; qu’il est unique ; et qu’en ce sens
il mérite autant de considération qu’un être humain.
Des dauphins plein la tête, nous embarquons sur la Calypso
pour une mission hydrologique à Gibraltar. Nous voulons
étudier de quelle façon les eaux de l’Atlantique et de la
178
le chagrin de le voir tel qu’il est en réalité — misérable
bagnard à qui son geôlier fait tâter les murs du cachot...
Quelques jours plus tard, je prends une femelle (une
dauphine ou une delphine, comme on voudra). Elle appartient
à la même espèce que le mâle : Delphinus delphis, le dauphin
commun. J’espère qu’en couple mes captifs seront moins
malheureux. Hélas ! Le mâle meurt en moins d’une semaine —
de maladie et de désespoir. La femelle endure comme elle peut
les contraintes de la détention. Elle s’habitue à ma personne.
Elle devient même amicale. Le matin, quand j’arrive et qu’elle
entend grincer les portes qui donnent accès à son bassin, elle
émet des gazouillis, des roucoulements, des couinements
cliquetés que j’interprète (peut-être trop facilement...) comme
des cris de joie. Lorsque je plonge avec elle, elle me fait fête.
Elle tourne, elle virevolte, elle saute, elle se frotte contre mon
corps, elle me donne d’affectueuses nasardes.
Nous la garderons six mois dans son bassin. Un jour, elle
demeurera obstinément silencieuse à mon arrivée. Malgré mes
caresses et les beaux poissons que je lui offrirai, elle refusera de
jouer, et même de bouger. Le lendemain, nous la trouverons
morte...
Pour le Pacha, l’expérience sera concluante. Dans le mauvais sens... « Moi directeur, dira-t-il, il n’y aura pas de bassin
des dauphins au Musée de Monaco. Jamais je ne donnerai ma
caution à un marineland... »
Tout n’est pas négatif, dans cette histoire. Au contact des
dauphins, j’ai appris la patience. La douceur. La lenteur des
gestes. Le respect de l’autre, fût-il un animal... Je sais,
notamment grâce aux longues heures passées dans l’eau avec
la dauphine prisonnière, que chaque cétacé possède son
caractère et sa personnalité ; qu’il est unique ; et qu’en ce sens
il mérite autant de considération qu’un être humain.
Des dauphins plein la tête, nous embarquons sur la Calypso
pour une mission hydrologique à Gibraltar. Nous voulons
étudier de quelle façon les eaux de l’Atlantique et de la
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