LA MAGIE DALBORAN
eux le marineland. Ils se laissent mourir de désespoir, ou
même se jettent la tête contre les murs de leur enclos pour se
suicider.
Je sais cela... aujourd’hui! A cette époque, en 1957, la
communauté scientifique et les équipiers de la Calypso ignorent
tout des dauphins. Albert Ier de Monaco — le prince
océanographe — n’avait pas d’autre méthode, pour les
étudier, que de les harponner et de leur ouvrir le ventre... En
1957, on en est là. Les baleiniers saignent trente mille baleines
chaque année sans que personne ne proteste. Le mammifère
marin ne jouit pas, auprès des humains, de la cote de
popularité qu’il a acquise dans les années 1980-1990.
Pour capturer les deux dauphins que le Pacha m’a demandés, j’utilise l’Espadon. J’installe, à la proue du navire, une
poutre qui avance de plusieurs mètres au-dessus de l’eau. Je
m’y allonge et, avec une corde à nœud coulant, je tente
d’attraper l’un des cétacés qui viennent surfer sur la lame
d’étrave... Un Zodiac m’accompagne pour hisser à son bord
l’animal pris au lasso, et l’emmener d’urgence au Musée.
Après plusieurs essais infructueux, je capture un mâle. Il se
débat, mais beaucoup moins que je ne l’aurais cru. Puis il se
laisse aller. Il a l’air choqué. Il respire difficilement. J’ai peur
que le stress ne lui soit fatal. Nous mettons les gaz pour revenir
à Monaco. Lorsque nous le déposons dans l’eau de son bassin,
il est tellement mal en point qu’il coule à pic. Je plonge pour le
ramener en surface. Je le soutiens longtemps, l’évent hors de
l’eau. Quand il reprend ses esprits, il fonce sur la paroi de sa
prison, où il s’assomme à demi... Je le récupère et je le tiens
fermement par l’aileron, afin qu’il ne recommence pas. Je le
caresse doucement. Il ouvre un œil et frémit. Je voudrais le
rassurer. J’avance dans l’eau : il me suit. Sans lui lâcher
l’aileron, j’entreprends d’effectuer le tour de son bassin. Je lui
fais toucher le mur avec son bec. Je dois le persuader qu’il n’y
a pas de mer ouverte au-delà du ciment, et que ses tentatives
de fuite sont vaines. Je suis partagé entre le plaisir de côtoyer
un animal aussi doux à toucher, aussi puissant et aussi beau, et
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eux le marineland. Ils se laissent mourir de désespoir, ou
même se jettent la tête contre les murs de leur enclos pour se
suicider.
Je sais cela... aujourd’hui! A cette époque, en 1957, la
communauté scientifique et les équipiers de la Calypso ignorent
tout des dauphins. Albert Ier de Monaco — le prince
océanographe — n’avait pas d’autre méthode, pour les
étudier, que de les harponner et de leur ouvrir le ventre... En
1957, on en est là. Les baleiniers saignent trente mille baleines
chaque année sans que personne ne proteste. Le mammifère
marin ne jouit pas, auprès des humains, de la cote de
popularité qu’il a acquise dans les années 1980-1990.
Pour capturer les deux dauphins que le Pacha m’a demandés, j’utilise l’Espadon. J’installe, à la proue du navire, une
poutre qui avance de plusieurs mètres au-dessus de l’eau. Je
m’y allonge et, avec une corde à nœud coulant, je tente
d’attraper l’un des cétacés qui viennent surfer sur la lame
d’étrave... Un Zodiac m’accompagne pour hisser à son bord
l’animal pris au lasso, et l’emmener d’urgence au Musée.
Après plusieurs essais infructueux, je capture un mâle. Il se
débat, mais beaucoup moins que je ne l’aurais cru. Puis il se
laisse aller. Il a l’air choqué. Il respire difficilement. J’ai peur
que le stress ne lui soit fatal. Nous mettons les gaz pour revenir
à Monaco. Lorsque nous le déposons dans l’eau de son bassin,
il est tellement mal en point qu’il coule à pic. Je plonge pour le
ramener en surface. Je le soutiens longtemps, l’évent hors de
l’eau. Quand il reprend ses esprits, il fonce sur la paroi de sa
prison, où il s’assomme à demi... Je le récupère et je le tiens
fermement par l’aileron, afin qu’il ne recommence pas. Je le
caresse doucement. Il ouvre un œil et frémit. Je voudrais le
rassurer. J’avance dans l’eau : il me suit. Sans lui lâcher
l’aileron, j’entreprends d’effectuer le tour de son bassin. Je lui
fais toucher le mur avec son bec. Je dois le persuader qu’il n’y
a pas de mer ouverte au-delà du ciment, et que ses tentatives
de fuite sont vaines. Je suis partagé entre le plaisir de côtoyer
un animal aussi doux à toucher, aussi puissant et aussi beau, et
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