UN ANCRAGE VERTIGINEUX
à huit cent milles de la côte d’Afrique, au-dessus d’une des
tranchées abyssales les plus vertigineuses de l’Atlantique : la
fosse de la Romanche. Sept mille six cent trente et un mètres...
Nous allons tenter ici une expérience étonnante : un ancrage.
L’ancrage le plus profond qui ait jamais été réalisé depuis que
l’homme a inventé le bateau... Notre ancre, spécialement
conçue par André Laban, comporte un lest d’un quart de
tonne, puis une chaîne de trente mètres et un câble d’acier de
cinquante; le tout est monté sur un filin de nylon de six
millimètres de diamètre et de dix mille mètres de longueur, qui
s’enroule sur une grande roue à deux gorges, elle-même
entraînée par le treuil de la Calypso. Lentement, très lentement,
le filin dévire : il ne faut pas moins de deux heures et demie
pour que l’ancre croche le fond de la fosse de la Romanche !
Le professeur Harold E. Edgerton profite du câble de nylon
pour installer une navette et envoyer dans les abysses l’un de
ses appareils de photographie à flash électronique. C’est ainsi
que nous obtenons les premières images d’une tranchée
océanique et des animaux qui y vivent — quelques cérianthes,
des lis de mer, des pycnogonides, de rares poissons...
Les clichés de « Papa Flash » sont formidables. Mais,
comme souvent, les bonnes et les mauvaises nouvelles se
télescopent. Au moment précis où le professeur Edgerton
exulte en étudiant ses photographies uniques au monde, un
message radio nous informe que son fils aîné vient de trouver
la mort en plongée, en essayant aux Etats-Unis un nouveau
scaphandre à oxygène à circuit fermé...
Ce drame met un terme à la mission. Nous coupons le nylon
de notre ancrage record. Nous filons vers Dakar, où nous
déposons « Papa Flash » et le Pacha, qui l’accompagne en
avion vers l’Amérique. Nous rentrons à Marseille en passant
par Funchal (à Madère).
Un mois plus tard, nous reprenons le travail de recherches.
Nous entamons une nouvelle mission d’hydrologie et d’océanographie biologique en Méditerranée orientale, qui nous
conduit en Grèce et au Liban. Nous débarquons à Beyrouth.
171
à huit cent milles de la côte d’Afrique, au-dessus d’une des
tranchées abyssales les plus vertigineuses de l’Atlantique : la
fosse de la Romanche. Sept mille six cent trente et un mètres...
Nous allons tenter ici une expérience étonnante : un ancrage.
L’ancrage le plus profond qui ait jamais été réalisé depuis que
l’homme a inventé le bateau... Notre ancre, spécialement
conçue par André Laban, comporte un lest d’un quart de
tonne, puis une chaîne de trente mètres et un câble d’acier de
cinquante; le tout est monté sur un filin de nylon de six
millimètres de diamètre et de dix mille mètres de longueur, qui
s’enroule sur une grande roue à deux gorges, elle-même
entraînée par le treuil de la Calypso. Lentement, très lentement,
le filin dévire : il ne faut pas moins de deux heures et demie
pour que l’ancre croche le fond de la fosse de la Romanche !
Le professeur Harold E. Edgerton profite du câble de nylon
pour installer une navette et envoyer dans les abysses l’un de
ses appareils de photographie à flash électronique. C’est ainsi
que nous obtenons les premières images d’une tranchée
océanique et des animaux qui y vivent — quelques cérianthes,
des lis de mer, des pycnogonides, de rares poissons...
Les clichés de « Papa Flash » sont formidables. Mais,
comme souvent, les bonnes et les mauvaises nouvelles se
télescopent. Au moment précis où le professeur Edgerton
exulte en étudiant ses photographies uniques au monde, un
message radio nous informe que son fils aîné vient de trouver
la mort en plongée, en essayant aux Etats-Unis un nouveau
scaphandre à oxygène à circuit fermé...
Ce drame met un terme à la mission. Nous coupons le nylon
de notre ancrage record. Nous filons vers Dakar, où nous
déposons « Papa Flash » et le Pacha, qui l’accompagne en
avion vers l’Amérique. Nous rentrons à Marseille en passant
par Funchal (à Madère).
Un mois plus tard, nous reprenons le travail de recherches.
Nous entamons une nouvelle mission d’hydrologie et d’océanographie biologique en Méditerranée orientale, qui nous
conduit en Grèce et au Liban. Nous débarquons à Beyrouth.
171
