CAPITAINE DE LA CALYPSO
aux hommes des cinq continents qu’il en existe un sixième —
un continent liquide, bleu, d’une beauté parfois austère,
parfois flamboyante, avec des multitudes vivantes et des
créatures prodigieuses, bizarres, inoubliables. A l’époque,
nous tombons des nues : jamais nous n’aurions pensé que...
Quand nous quittons les paillettes et les starlettes (je ne dis
pas que c’est sans regret!), nous mettons le cap à l’ouest, vers
le détroit de Gibraltar et l’océan Atlantique. Nous avons à
bord un nouvel électricien. L’ancien, Jean Mollard, s’occupe
de la construction de la soucoupe plongeante à l’O.F.R.S. Son
remplaçant, Jacques Roux, plus connu sous le surnom (d’origine mystérieuse) de « Gaston », est un génie du bricolage et
de l’invention. Lui aussi prendra en charge la soucoupe
plongeante, dont il deviendra le second père.
Nous emmenons avec nous une brochette de scientifiques,
notamment de biologistes marins. Dans l’Atlantique, nous
faisons route vers le sud, le long des côtes africaines. Nous
étudions la productivité du milieu, la flore et la faune des eaux
de la Mauritanie, du Sénégal, de la Guinée, de la Côted’Ivoire, du Cameroun, mais aussi des îles du golfe de Guinée,
qu’on appelle parfois les « îles du Chocolat » : Sao Tomé et
Principe, Fernando Poo, Annobon... Nous effectuons des
centaines de chalutages, de prélèvements, d’analyses. Nous
découvrons de nouvelles espèces. Lorsque nous débarquons,
nous sommes les témoins de la fin d’un âge : celui de la
colonisation. Une partie des Blancs se crispent sur leurs
privilèges, qu’ils voudraient éternels. L’état de dépendance et
d’arriération dans lequel sont tenues les populations indigènes
me choque. A Annobon (aujourd’hui : Pagalu) sévit la maladie du sommeil. Les militaires portugais essaient d’enrayer
1 épidémie en usant de moyens radicaux. Ils abattent au
revolver et au fusil tous les mammifères qu’ils rencontrent :
vaches, cochons, chiens, chats... Un écœurant massacre, du
reste inutile.
Abidjan, et cap à l’ouest-sud-ouest. Nous mettons en panne
170
aux hommes des cinq continents qu’il en existe un sixième —
un continent liquide, bleu, d’une beauté parfois austère,
parfois flamboyante, avec des multitudes vivantes et des
créatures prodigieuses, bizarres, inoubliables. A l’époque,
nous tombons des nues : jamais nous n’aurions pensé que...
Quand nous quittons les paillettes et les starlettes (je ne dis
pas que c’est sans regret!), nous mettons le cap à l’ouest, vers
le détroit de Gibraltar et l’océan Atlantique. Nous avons à
bord un nouvel électricien. L’ancien, Jean Mollard, s’occupe
de la construction de la soucoupe plongeante à l’O.F.R.S. Son
remplaçant, Jacques Roux, plus connu sous le surnom (d’origine mystérieuse) de « Gaston », est un génie du bricolage et
de l’invention. Lui aussi prendra en charge la soucoupe
plongeante, dont il deviendra le second père.
Nous emmenons avec nous une brochette de scientifiques,
notamment de biologistes marins. Dans l’Atlantique, nous
faisons route vers le sud, le long des côtes africaines. Nous
étudions la productivité du milieu, la flore et la faune des eaux
de la Mauritanie, du Sénégal, de la Guinée, de la Côted’Ivoire, du Cameroun, mais aussi des îles du golfe de Guinée,
qu’on appelle parfois les « îles du Chocolat » : Sao Tomé et
Principe, Fernando Poo, Annobon... Nous effectuons des
centaines de chalutages, de prélèvements, d’analyses. Nous
découvrons de nouvelles espèces. Lorsque nous débarquons,
nous sommes les témoins de la fin d’un âge : celui de la
colonisation. Une partie des Blancs se crispent sur leurs
privilèges, qu’ils voudraient éternels. L’état de dépendance et
d’arriération dans lequel sont tenues les populations indigènes
me choque. A Annobon (aujourd’hui : Pagalu) sévit la maladie du sommeil. Les militaires portugais essaient d’enrayer
1 épidémie en usant de moyens radicaux. Ils abattent au
revolver et au fusil tous les mammifères qu’ils rencontrent :
vaches, cochons, chiens, chats... Un écœurant massacre, du
reste inutile.
Abidjan, et cap à l’ouest-sud-ouest. Nous mettons en panne
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