CAPITAINE DE LA CALYPSO
jour cité cette phrase, en précisant qu elle est de Jean-Jacques
Rousseau. J’aurais voulu l’écrire. Ma mère raconte que,
gamin, à Sormiou, je disparais dix fois par jour. Dix fois par
jour, elle demande : « Où est Bébert? » Et chacun de donner
la réponse : « Bébert?... Té!... Dans l’eau, pardi! »
Je marche vers les vagues comme si elles étaient l’aimant et
moi le fer. Je m’approche du bord. Je regarde déferler les
rouleaux : l’eau éclate en paillettes blanches, repart vers
l’arrière, reforme une onde — inlassablement. Je ne m’ennuie
pas une seconde à ce spectacle.
Je longe la plage de sable gris parsemée de feuilles de
posidonies. J’escalade les rochers. Les cigales crissent dans les
pins, par-dessus ma tête, avec une telle force que j’en suis
assourdi. Je cherche une flaque littorale, et je m’abîme dans la
contemplation de la petite faune qui y élit domicile.
Il y a un demi-siècle de cela. Essayez d’imaginer... La
Méditerranée est superbe — bien plus propre, bien plus
limpide, bien plus grouillante de vie que de nos jours. Les
rochers battus par les vagues sont constellés d’arapèdes
(patelles, ou chapeaux chinois), de balanes, de chitons... Des
crustacés isopodes courent en tous sens — mille-pattes de la
mer. Dans les bassins de pierre remplis d’eau, au cœur de
forêts miniatures d’algues brunes, rouges ou vertes (cystoceires, corallines, ulves), pullulent les carambes (crevettes
grises).
Je taquine ces crustacés au démarrage foudroyant. Je les
pêche « au doigt » : j’ai remarqué qu’ils sont attirés par
l’odeur de la peau. Je vous livre le truc : il ne réclame que de la
patience. Vous posez la main au fond de l’eau et vous ne
bougez plus. La crevette sort de son trou. Elle s’approche de
votre index ou de votre majeur : elle veut vous grignoter.
Quand elle est tout près, vous l’attrapez par les antennes,
qu’elle a d’une longueur démesurée. Evidemment, c’est une
technique de capture moins destructrice que celle des dragues
de fond ; vous avez peu de chances de vous cuisiner un bon
plat!
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jour cité cette phrase, en précisant qu elle est de Jean-Jacques
Rousseau. J’aurais voulu l’écrire. Ma mère raconte que,
gamin, à Sormiou, je disparais dix fois par jour. Dix fois par
jour, elle demande : « Où est Bébert? » Et chacun de donner
la réponse : « Bébert?... Té!... Dans l’eau, pardi! »
Je marche vers les vagues comme si elles étaient l’aimant et
moi le fer. Je m’approche du bord. Je regarde déferler les
rouleaux : l’eau éclate en paillettes blanches, repart vers
l’arrière, reforme une onde — inlassablement. Je ne m’ennuie
pas une seconde à ce spectacle.
Je longe la plage de sable gris parsemée de feuilles de
posidonies. J’escalade les rochers. Les cigales crissent dans les
pins, par-dessus ma tête, avec une telle force que j’en suis
assourdi. Je cherche une flaque littorale, et je m’abîme dans la
contemplation de la petite faune qui y élit domicile.
Il y a un demi-siècle de cela. Essayez d’imaginer... La
Méditerranée est superbe — bien plus propre, bien plus
limpide, bien plus grouillante de vie que de nos jours. Les
rochers battus par les vagues sont constellés d’arapèdes
(patelles, ou chapeaux chinois), de balanes, de chitons... Des
crustacés isopodes courent en tous sens — mille-pattes de la
mer. Dans les bassins de pierre remplis d’eau, au cœur de
forêts miniatures d’algues brunes, rouges ou vertes (cystoceires, corallines, ulves), pullulent les carambes (crevettes
grises).
Je taquine ces crustacés au démarrage foudroyant. Je les
pêche « au doigt » : j’ai remarqué qu’ils sont attirés par
l’odeur de la peau. Je vous livre le truc : il ne réclame que de la
patience. Vous posez la main au fond de l’eau et vous ne
bougez plus. La crevette sort de son trou. Elle s’approche de
votre index ou de votre majeur : elle veut vous grignoter.
Quand elle est tout près, vous l’attrapez par les antennes,
qu’elle a d’une longueur démesurée. Evidemment, c’est une
technique de capture moins destructrice que celle des dragues
de fond ; vous avez peu de chances de vous cuisiner un bon
plat!
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