UNE ENFANCE MARSEILLAISE
âne porte les provisions (du pain bis, des olives, un bout de
charcuterie, du fromage...), l’eau des enfants, le pastis et le vin
des adultes. Nous grimpons la colline sur le « sentier des
ânes » pavé de pierres chaudes, qui court entre les pins, les
chênes verts, les genévriers et les romarins. Lorsque nous nous
arrêtons pour souffler, je fouille les buissons à la recherche
des mantes religieuses (les « prie-dieu » (préga-dieu), comme
on les appelle dans le Midi). Je m’enchante du vol des
papillons (machaons jaunes zébrés de noir, rares et grands
jasons bruns, ou pachas à deux queues...). Je guette la longue
silhouette vert et bleu des lézards ocellés. J’ai parfois la chance
d’apercevoir une huppe ou un couple de guêpiers. Je suis du
regard les goélands argentés (gabians) qui tournent dans le
ciel net.
Quand je n’ai que deux ou trois ans, mon père me porte sur
ses épaules pour finir le chemin : je me souviens de ma joie
quand, passée la ligne de crêtes de la colline, après les « Treize
contours », j’aperçois le long entonnoir courbe de la calanque
avec ses roches blanches éclaboussées de lumière, ses pentes
couvertes de pins et de garrigue, et, là-bas, au bout, l’ovale
bleu de la mer... A cette époque, la calanque est un écrin vert.
La forêt méditerranéenne de pins maritimes et de pins d’Alep
descend jusqu’à l’eau. Hélas ! trop d’incendies ont ravagé cette
splendeur... Mais aujourd’hui encore, chaque fois que je
marche sur ce sentier que plus personne n’emprunte (à
l’exception de quelques grands randonneurs), j’ai la joie de
saluer au passage un grand pin que j’y voyais dans mon
enfance, qui m’a cent fois prêté son ombre, et qui a survécu par
miracle aux flammes.
Nous descendons vers la Méditerranée. La mer promise!...
Les enfants ne résistent pas au plaisir de courir. Nous glissons
sur les cailloux du chemin. Nous nous faufilons entre les touffes
de genêts, de romarins et de cannes de Provence qui peuplent
le fond de la vallée. Nous débouchons sur la plage en hurlant
d’excitation.
«J’ai toujours passionnément aimé l’eau. » Un ami m’a un
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âne porte les provisions (du pain bis, des olives, un bout de
charcuterie, du fromage...), l’eau des enfants, le pastis et le vin
des adultes. Nous grimpons la colline sur le « sentier des
ânes » pavé de pierres chaudes, qui court entre les pins, les
chênes verts, les genévriers et les romarins. Lorsque nous nous
arrêtons pour souffler, je fouille les buissons à la recherche
des mantes religieuses (les « prie-dieu » (préga-dieu), comme
on les appelle dans le Midi). Je m’enchante du vol des
papillons (machaons jaunes zébrés de noir, rares et grands
jasons bruns, ou pachas à deux queues...). Je guette la longue
silhouette vert et bleu des lézards ocellés. J’ai parfois la chance
d’apercevoir une huppe ou un couple de guêpiers. Je suis du
regard les goélands argentés (gabians) qui tournent dans le
ciel net.
Quand je n’ai que deux ou trois ans, mon père me porte sur
ses épaules pour finir le chemin : je me souviens de ma joie
quand, passée la ligne de crêtes de la colline, après les « Treize
contours », j’aperçois le long entonnoir courbe de la calanque
avec ses roches blanches éclaboussées de lumière, ses pentes
couvertes de pins et de garrigue, et, là-bas, au bout, l’ovale
bleu de la mer... A cette époque, la calanque est un écrin vert.
La forêt méditerranéenne de pins maritimes et de pins d’Alep
descend jusqu’à l’eau. Hélas ! trop d’incendies ont ravagé cette
splendeur... Mais aujourd’hui encore, chaque fois que je
marche sur ce sentier que plus personne n’emprunte (à
l’exception de quelques grands randonneurs), j’ai la joie de
saluer au passage un grand pin que j’y voyais dans mon
enfance, qui m’a cent fois prêté son ombre, et qui a survécu par
miracle aux flammes.
Nous descendons vers la Méditerranée. La mer promise!...
Les enfants ne résistent pas au plaisir de courir. Nous glissons
sur les cailloux du chemin. Nous nous faufilons entre les touffes
de genêts, de romarins et de cannes de Provence qui peuplent
le fond de la vallée. Nous débouchons sur la plage en hurlant
d’excitation.
«J’ai toujours passionnément aimé l’eau. » Un ami m’a un
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