CAPITAINE DE LA CALYPSO
dragueur de mines ; par hasard, c’est aussi sur un dragueur de
mines — reconverti : la Calypso — que j’ai vécu mes plus belles
aventures...
J’ai toujours été troublé par cette formidable passion d’aller
plus loin, qui a poussé les Grecs de Phocée — cité d’Asie
Mineure — à traverser la Méditerranée pour fonder une
colonie autour de ce qui s’appelle aujourd’hui le Vieux Port de
Marseille.
J’ai toujours été subjugué par les exploits de Pythéas, l’un
des plus grands navigateurs de l’Histoire, qui cingla vers le
nord au ive siècle avant Jésus-Christ et aperçut 1’ « Ultima
Thulé »... Pythéas voyagea, dit-on, «jusqu’au pays où le soleil
ne se couche jamais » (l’Islande, les îles Féroé ou la Norvège :
nul ne sait). Ce n’était pas seulement un aventurier mais un
savant. Un mathématicien. Un astronome qui avait établi la
relation entre les marées et les phases de la lune, et calculé la
latitude de Marseille avec une précision stupéfiante. Il disait :
quarante-trois degrés nord; c’est quarante-trois degrés, dixsept minutes et cinquante-deux secondes !
Pythéas de Marseille... J’aime croire que l’étrave de sa
galère est venue toucher le sable de Sormiou. L’une des
calanques. « Ma » calanque, où je loue toujours un cabanon...
L’idée n’est pas folle : en provençal, « Sormiou » {Sourd Mieii)
signifie « Bonne Source ». On y trouve de l’eau douce. Les
navigateurs de l’Antiquité venaient s’approvisionner à cette
aiguade.
Les plus vieux et les plus beaux souvenirs que j’ai de la mer
sont ici, à Sormiou. Le vert sombre des pins, le blanc pur des
falaises, l’azur de la Méditerranée. Et les joyaux vivants qui
pullulent sous la surface...
Sormiou... Dans mon enfance, aucune route goudronnée n’y
conduit. Nous y venons à pied, après avoir gagné en tramway
le village de Mazargues (qui, pour mon bonheur, est resté un
vrai village, au cœur de la folie bétonnière qui défigure
Marseille).
Nous y montons en famille, généralement le dimanche. Un
18
dragueur de mines ; par hasard, c’est aussi sur un dragueur de
mines — reconverti : la Calypso — que j’ai vécu mes plus belles
aventures...
J’ai toujours été troublé par cette formidable passion d’aller
plus loin, qui a poussé les Grecs de Phocée — cité d’Asie
Mineure — à traverser la Méditerranée pour fonder une
colonie autour de ce qui s’appelle aujourd’hui le Vieux Port de
Marseille.
J’ai toujours été subjugué par les exploits de Pythéas, l’un
des plus grands navigateurs de l’Histoire, qui cingla vers le
nord au ive siècle avant Jésus-Christ et aperçut 1’ « Ultima
Thulé »... Pythéas voyagea, dit-on, «jusqu’au pays où le soleil
ne se couche jamais » (l’Islande, les îles Féroé ou la Norvège :
nul ne sait). Ce n’était pas seulement un aventurier mais un
savant. Un mathématicien. Un astronome qui avait établi la
relation entre les marées et les phases de la lune, et calculé la
latitude de Marseille avec une précision stupéfiante. Il disait :
quarante-trois degrés nord; c’est quarante-trois degrés, dixsept minutes et cinquante-deux secondes !
Pythéas de Marseille... J’aime croire que l’étrave de sa
galère est venue toucher le sable de Sormiou. L’une des
calanques. « Ma » calanque, où je loue toujours un cabanon...
L’idée n’est pas folle : en provençal, « Sormiou » {Sourd Mieii)
signifie « Bonne Source ». On y trouve de l’eau douce. Les
navigateurs de l’Antiquité venaient s’approvisionner à cette
aiguade.
Les plus vieux et les plus beaux souvenirs que j’ai de la mer
sont ici, à Sormiou. Le vert sombre des pins, le blanc pur des
falaises, l’azur de la Méditerranée. Et les joyaux vivants qui
pullulent sous la surface...
Sormiou... Dans mon enfance, aucune route goudronnée n’y
conduit. Nous y venons à pied, après avoir gagné en tramway
le village de Mazargues (qui, pour mon bonheur, est resté un
vrai village, au cœur de la folie bétonnière qui défigure
Marseille).
Nous y montons en famille, généralement le dimanche. Un
18
