LA CROISIÈRE DU MONDE DU SILENCE
mer... En remontant de cette plongée, je trouverai le nom
scientifique de l’espèce dans un livre de la bibliothèque :
Cheilinus undulatus. Le géant de la famille des labridés. Le
cousin gargantuesque et tropical des petits labres de dix
centimètres que j’ai si souvent observés à Sormiou, et chez
lesquels les mâles font un nid d’algues devant lequel ils
paradent dans l’espoir d’attirer une compagne.
La Calypso s’avance dans la mer Rouge. La nuit, je
contemple la Croix du Sud... Nous nous arrêtons pour les
besoins du cinéma sur le récif d’Abulat (ou Abu Latt), au sud
de Djedda, dans les eaux d’Arabie Saoudite. La Calypso y était
venue lors de son premier voyage en mer Rouge : je ne faisais
pas encore partie de l’équipage. Mes compagnons — Frédéric
Dumas, surtout — m’en avaient parlé comme d’un paradis
sous-marin. Lorsque nous y plongeons, je constate que l’expression n’est nullement exagérée. Dans le labyrinthe du
corail vivent des nuées de poissons tropicaux plus colorés
qu’un feu d’artifice du 14 Juillet...
Nous laissons Louis Malle mettre en boîte tout ce qu’il
désire en matière de madrépores et de gorgones, d’alcyonaires
et de porcelaines, de crevettes et d’étoiles multicolores. Je
m’essaie à passer derrière la caméra. Je filme des explosions de
poissons-demoiselles et de poissons-œil de verre. Je cadre des
poissons-papillons de sept ou huit espèces, et autant de
variétés de poissons-anges. En remontant, j’assiste fasciné à
l’envol d’une escadrille bleu sombre, composée d’une douzaine
de raies mantes dont la plus petite mesure quatre mètres
d’envergure !... Je n’ai jamais osé demander, ni à Louis Malle
ni au commandant Cousteau, ce qu’ils avaient fait de ces
images sublimes. Je ne les ai pas retrouvées dans Le Monde du
silence. La seule hypothèse, hélas ! est qu’ils ont eu la charité de
ne pas me les montrer...
Après le phare de Djebel Teïr, où les Ottomans avaient fait
construire le plus puissant phare de la mer Rouge (la tour est
en ruine), nous naviguons vers les Douze Apôtres, noirs îlots
volcaniques qui se dressent non loin des côtes du Yémen. Nous
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mer... En remontant de cette plongée, je trouverai le nom
scientifique de l’espèce dans un livre de la bibliothèque :
Cheilinus undulatus. Le géant de la famille des labridés. Le
cousin gargantuesque et tropical des petits labres de dix
centimètres que j’ai si souvent observés à Sormiou, et chez
lesquels les mâles font un nid d’algues devant lequel ils
paradent dans l’espoir d’attirer une compagne.
La Calypso s’avance dans la mer Rouge. La nuit, je
contemple la Croix du Sud... Nous nous arrêtons pour les
besoins du cinéma sur le récif d’Abulat (ou Abu Latt), au sud
de Djedda, dans les eaux d’Arabie Saoudite. La Calypso y était
venue lors de son premier voyage en mer Rouge : je ne faisais
pas encore partie de l’équipage. Mes compagnons — Frédéric
Dumas, surtout — m’en avaient parlé comme d’un paradis
sous-marin. Lorsque nous y plongeons, je constate que l’expression n’est nullement exagérée. Dans le labyrinthe du
corail vivent des nuées de poissons tropicaux plus colorés
qu’un feu d’artifice du 14 Juillet...
Nous laissons Louis Malle mettre en boîte tout ce qu’il
désire en matière de madrépores et de gorgones, d’alcyonaires
et de porcelaines, de crevettes et d’étoiles multicolores. Je
m’essaie à passer derrière la caméra. Je filme des explosions de
poissons-demoiselles et de poissons-œil de verre. Je cadre des
poissons-papillons de sept ou huit espèces, et autant de
variétés de poissons-anges. En remontant, j’assiste fasciné à
l’envol d’une escadrille bleu sombre, composée d’une douzaine
de raies mantes dont la plus petite mesure quatre mètres
d’envergure !... Je n’ai jamais osé demander, ni à Louis Malle
ni au commandant Cousteau, ce qu’ils avaient fait de ces
images sublimes. Je ne les ai pas retrouvées dans Le Monde du
silence. La seule hypothèse, hélas ! est qu’ils ont eu la charité de
ne pas me les montrer...
Après le phare de Djebel Teïr, où les Ottomans avaient fait
construire le plus puissant phare de la mer Rouge (la tour est
en ruine), nous naviguons vers les Douze Apôtres, noirs îlots
volcaniques qui se dressent non loin des côtes du Yémen. Nous
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