LA CROISIÈRE DU MONDE DU SILENCE
— ce qu’on appelle le seuil Siculo-Tunisien, ou seuil de Sicile.
Il s’agit de cette zone de hauts-fonds, entre Sicile et Tunisie,
qui divise la Méditerranée en deux bassins : occidental et
oriental. Navigation, sondages, prélèvements d’échantillons,
plongées autour de Malte et de Pantelleria.
La mission suivante (cartographie sous-marine) nous
conduit dans les eaux de Port-Vendres, au large des PyrénéesOrientales. La troisième sortie du semestre est un voyage
d’océanographie géologique, entre Nice et Ajaccio : le professeur Jacques Boucart, titulaire de la chaire de géologie
physique à la Sorbonne, en est l’instigateur. Jeune marin, avec
pour tout diplôme un certificat d’études, j’ose à peine adresser
la parole aux sommités intellectuelles qui se succèdent à bord.
Mais je me rends compte que ceux qui possèdent le vrai savoir
n’ont aucun mépris pour le modeste plongeur; et qu’ils sont
même remarquablement doués pour expliquer en termes
simples les buts et les acquis de leur discipline. Inutile de
souligner qu’au contact de personnages aussi savants j’apprends plus en quelques mois de campagnes océanographiques
qu’en quelques années d’école. Et je devine, non sans une
secrète satisfaction, que ces grands esprits nous envient : nous
découvrons en plongée — de nos propres yeux — des
phénomènes qu’ils ne connaissent qu’abstraitement, ou des
espèces qu’ils n’ont vues que mortes...
Au retour de ce voyage en Corse (un de plus!), j’ai la joie
d’apprendre que mon ami Henri Plé — l’Oncle, l’un des
quatre mousquetaires du Surcouf et du Hou Hop — nous rejoint
sur la Calypso. Avec plusieurs fonctions : il s’occupera des
problèmes administratifs (droits d’entrée dans les ports,
formalités de police, etc.) ; il assurera, comme tout le monde,
ses quarts à bord; et il nous donnera un coup de main en
plongée quand ce sera nécessaire.
C’est à la fin de l’année 1954 que, pour la première fois,
j’entends parler de ce bizarre engin d’exploration subaquatique auquel on donnera le nom de soucoupe plongeante, et qui
tiendra une telle place dans ma vie d’aventures... L’idée en
151
— ce qu’on appelle le seuil Siculo-Tunisien, ou seuil de Sicile.
Il s’agit de cette zone de hauts-fonds, entre Sicile et Tunisie,
qui divise la Méditerranée en deux bassins : occidental et
oriental. Navigation, sondages, prélèvements d’échantillons,
plongées autour de Malte et de Pantelleria.
La mission suivante (cartographie sous-marine) nous
conduit dans les eaux de Port-Vendres, au large des PyrénéesOrientales. La troisième sortie du semestre est un voyage
d’océanographie géologique, entre Nice et Ajaccio : le professeur Jacques Boucart, titulaire de la chaire de géologie
physique à la Sorbonne, en est l’instigateur. Jeune marin, avec
pour tout diplôme un certificat d’études, j’ose à peine adresser
la parole aux sommités intellectuelles qui se succèdent à bord.
Mais je me rends compte que ceux qui possèdent le vrai savoir
n’ont aucun mépris pour le modeste plongeur; et qu’ils sont
même remarquablement doués pour expliquer en termes
simples les buts et les acquis de leur discipline. Inutile de
souligner qu’au contact de personnages aussi savants j’apprends plus en quelques mois de campagnes océanographiques
qu’en quelques années d’école. Et je devine, non sans une
secrète satisfaction, que ces grands esprits nous envient : nous
découvrons en plongée — de nos propres yeux — des
phénomènes qu’ils ne connaissent qu’abstraitement, ou des
espèces qu’ils n’ont vues que mortes...
Au retour de ce voyage en Corse (un de plus!), j’ai la joie
d’apprendre que mon ami Henri Plé — l’Oncle, l’un des
quatre mousquetaires du Surcouf et du Hou Hop — nous rejoint
sur la Calypso. Avec plusieurs fonctions : il s’occupera des
problèmes administratifs (droits d’entrée dans les ports,
formalités de police, etc.) ; il assurera, comme tout le monde,
ses quarts à bord; et il nous donnera un coup de main en
plongée quand ce sera nécessaire.
C’est à la fin de l’année 1954 que, pour la première fois,
j’entends parler de ce bizarre engin d’exploration subaquatique auquel on donnera le nom de soucoupe plongeante, et qui
tiendra une telle place dans ma vie d’aventures... L’idée en
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