CAPITAINE DE LA CALYPSO
plongeons avec elles. Nous les suivons au fond : elles passent
parfois plus d’une heure sans remonter prendre leur respiration. Nous les approchons. Nous touchons leur carapace ou
leurs grosses pattes écailleuses. Elles ne sont pas agressives —
et pourtant, elles pourraient nous couper le bras d’un seul
coup de leur énorme bec.
A d’autres moments, nous faisons à pied le tour du
sanctuaire d’Aldabra. Nous marchons sur le sable ou entre les
palétuviers, dans des concerts assourdissants d’oiseaux. Les
frégates nous abreuvent d’injures quand nous nous approchons de leurs nids. Les mâles gonflent leur sac de gorge rouge
vif pour séduire les femelles. Ces oiseaux sont les plus rapides
des volatiles marins. Ils effectuent des piqués à trois cents
kilomètres à l’heure... La frégate ne se donne pas la peine de
pêcher; elle attend qu’une autre espèce revienne du boulot, et
elle lui vole ses provisions en plein vol — en la contraignant à
régurgiter...
Partout autour de la colonie de frégates planent des
pélicans, des fous, des cormorans, des phaétons — sans oublier
la cohorte nombreuse des sternes et des goélands. Chacun de
ces êtres vit son destin, tantôt dans l’air, tantôt sur l’île, tantôt
dans l’eau. J’aimerais être un oiseau de mer.
Nous quittons Aldabra comme on laisse un éden. Nous
rallions Anjouan, aux Comores, où nous attend le professeur
Millot. C’est un spécialiste du cœlacanthe, ce fossile vivant qui
habite les eaux locales de l’océan Indien, entre deux cents
et huit cents mètres de profondeur. Nous interrogeons des
pêcheurs : l’un d’eux aurait-il, un jour, ramené dans ses filets
l’un de ces animaux fabuleux? Non...
Le cœlacanthe est un poisson crossoptérygien : ses nageoires
pectorales et ventrales, mobiles, ressemblent à des bras et à des
jambes; sa queue est bulbeuse; et il dispose d’un poumon
rudimentaire. Voici plus de quatre cents millions d’années, au
silurien, des animaux qui lui ressemblaient ont engendré les
tétrapodes, lesquels ont conquis la terre ferme. Les cousins du
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plongeons avec elles. Nous les suivons au fond : elles passent
parfois plus d’une heure sans remonter prendre leur respiration. Nous les approchons. Nous touchons leur carapace ou
leurs grosses pattes écailleuses. Elles ne sont pas agressives —
et pourtant, elles pourraient nous couper le bras d’un seul
coup de leur énorme bec.
A d’autres moments, nous faisons à pied le tour du
sanctuaire d’Aldabra. Nous marchons sur le sable ou entre les
palétuviers, dans des concerts assourdissants d’oiseaux. Les
frégates nous abreuvent d’injures quand nous nous approchons de leurs nids. Les mâles gonflent leur sac de gorge rouge
vif pour séduire les femelles. Ces oiseaux sont les plus rapides
des volatiles marins. Ils effectuent des piqués à trois cents
kilomètres à l’heure... La frégate ne se donne pas la peine de
pêcher; elle attend qu’une autre espèce revienne du boulot, et
elle lui vole ses provisions en plein vol — en la contraignant à
régurgiter...
Partout autour de la colonie de frégates planent des
pélicans, des fous, des cormorans, des phaétons — sans oublier
la cohorte nombreuse des sternes et des goélands. Chacun de
ces êtres vit son destin, tantôt dans l’air, tantôt sur l’île, tantôt
dans l’eau. J’aimerais être un oiseau de mer.
Nous quittons Aldabra comme on laisse un éden. Nous
rallions Anjouan, aux Comores, où nous attend le professeur
Millot. C’est un spécialiste du cœlacanthe, ce fossile vivant qui
habite les eaux locales de l’océan Indien, entre deux cents
et huit cents mètres de profondeur. Nous interrogeons des
pêcheurs : l’un d’eux aurait-il, un jour, ramené dans ses filets
l’un de ces animaux fabuleux? Non...
Le cœlacanthe est un poisson crossoptérygien : ses nageoires
pectorales et ventrales, mobiles, ressemblent à des bras et à des
jambes; sa queue est bulbeuse; et il dispose d’un poumon
rudimentaire. Voici plus de quatre cents millions d’années, au
silurien, des animaux qui lui ressemblaient ont engendré les
tétrapodes, lesquels ont conquis la terre ferme. Les cousins du
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