LES TORTUES D’ALDABRA
l’éloignement des deux sites. Un reptile écailleux, bizarre,
préhistorique...
Nous en observons quelques exemplaires. Ils dépassent
deux cents kilogrammes et doivent être âgés d’un siècle ou un
siècle et demi. Leur carapace brun sombre, longue de plus
d’un mètre, est composée de grandes plaques polygonales
luisantes. Leurs pattes griffues font songer à des troncs d’arbre
avec racines. Leur tête, juchée au bout d’un cou démesuré à la
peau parcheminée, s’achève en bec puissant. Les tortues
géantes d’Aldabra sont herbivores. Elles n’ont pas été trop
chassées par les marins, car leur viande a mauvais goût. Mais
elles sont menacées par les chèvres, qui les privent d’une partie
de leur nourriture, et par les rats (autres commensaux des
hommes), qui dévorent leurs œufs. Ces rescapées des siècles,
dont l’espèce a survécu aux dinosaures de l’ère secondaire,
sont à la fois bien armées (avec une telle carapace, on ne
redoute aucun ennemi naturel) et fragiles.
Deux espèces au moins de tortues de mer fréquentent, elles
aussi, l’île d’Aldabra la tortue verte et la tortue à écaille.
Contrairement à la tortue terrestre, elles font l’objet d’une
chasse impitoyable. La viande de la première est appréciée,
l’écaille de la seconde se vend cher. Les marins en ont fait des
carnages. Les indigènes les traquent encore en bateau. Ils les
prennent au filet ou au harpon. Ils déterrent les œufs qu’elles
pondent dans le sable des plages. Certains habitants d’Aldabra les capturent vivantes et les conservent dans un vivier
marin. Une fois par mois, un bateau vient de Mahé embarquer
les reptiles : les tortues vertes, découpées et mises en boîte,
sont expédiées en Europe ou en Amérique pour devenir des
ingrédients de la fameuse soupe. Les tortues à écaille, dont la
chair n’est pas bonne, subissent un sort aussi triste ; seule leur
carapace est récupérée pour être taillée en peignes, en
barrettes et en bibelots pour touristes...
Autant les tortues terrestres sont lourdes, maladroites,
empruntées quand elles se déplacent, autant leurs cousines
aquatiques sont rapides et élégantes dans leur élément. Nous
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l’éloignement des deux sites. Un reptile écailleux, bizarre,
préhistorique...
Nous en observons quelques exemplaires. Ils dépassent
deux cents kilogrammes et doivent être âgés d’un siècle ou un
siècle et demi. Leur carapace brun sombre, longue de plus
d’un mètre, est composée de grandes plaques polygonales
luisantes. Leurs pattes griffues font songer à des troncs d’arbre
avec racines. Leur tête, juchée au bout d’un cou démesuré à la
peau parcheminée, s’achève en bec puissant. Les tortues
géantes d’Aldabra sont herbivores. Elles n’ont pas été trop
chassées par les marins, car leur viande a mauvais goût. Mais
elles sont menacées par les chèvres, qui les privent d’une partie
de leur nourriture, et par les rats (autres commensaux des
hommes), qui dévorent leurs œufs. Ces rescapées des siècles,
dont l’espèce a survécu aux dinosaures de l’ère secondaire,
sont à la fois bien armées (avec une telle carapace, on ne
redoute aucun ennemi naturel) et fragiles.
Deux espèces au moins de tortues de mer fréquentent, elles
aussi, l’île d’Aldabra la tortue verte et la tortue à écaille.
Contrairement à la tortue terrestre, elles font l’objet d’une
chasse impitoyable. La viande de la première est appréciée,
l’écaille de la seconde se vend cher. Les marins en ont fait des
carnages. Les indigènes les traquent encore en bateau. Ils les
prennent au filet ou au harpon. Ils déterrent les œufs qu’elles
pondent dans le sable des plages. Certains habitants d’Aldabra les capturent vivantes et les conservent dans un vivier
marin. Une fois par mois, un bateau vient de Mahé embarquer
les reptiles : les tortues vertes, découpées et mises en boîte,
sont expédiées en Europe ou en Amérique pour devenir des
ingrédients de la fameuse soupe. Les tortues à écaille, dont la
chair n’est pas bonne, subissent un sort aussi triste ; seule leur
carapace est récupérée pour être taillée en peignes, en
barrettes et en bibelots pour touristes...
Autant les tortues terrestres sont lourdes, maladroites,
empruntées quand elles se déplacent, autant leurs cousines
aquatiques sont rapides et élégantes dans leur élément. Nous
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