CAPITAINE DE LA CALYPSO
hydrocarbures ne sont pas un rêve... En 1954, aussi incroyable
que cela paraisse à ceux qui ont vécu les crises pétrolières des
années 1970, le Golfe n’est encore qu’une mer sans grande
importance géostratégique, que fréquentent surtout des
pêcheurs de perles, et sur les rivages de laquelle aboutissent
des pistes de bédouins...
Nous passons Aden, puis al-Mukalla, au Yémen. Nous
faisons route le long des côtes méridionales de l’émirat
d’Oman. A bâbord, les falaises ocre et brun plongent dans la
mer d’un bleu magique. Soudain, tout autour de la Calypso,
une troupe de dauphins fait crépiter la surface. Les cétacés
sautent, marsouinent, ondulent et cabriolent. Ils avancent à
une vitesse folle. Sont-ils en chasse? Je l’ignore. Je n’en ai
jamais vu autant : deux mille? Trois mille? Quatre mille?
Impossible de compter... Ils jaillissent à droite, à gauche,
devant, derrière. Ils brassent le toit de l’océan sur une
superficie de plusieurs milles carrés. Je savais que ces cétacés
aiment à se rassembler en bandes populeuses — pour des
raisons obscures. Je ne me doutais pas que ce pouvait être en
foules si denses.
Le 5 février au matin, la Calypso finit de remonter le golfe
d’Oman vers le nord. Elle s’engage dans le détroit d’Hormuz
(ou Ormuz). A bâbord, la péninsule de Musandam dresse ses
falaises jaunes, dénudées, grandioses. Monument minéral.
Décor écrasant et implacable.
Nous jetons l’ancre pour la journée de l’autre côté du cap,
dans la baie d’Elphinstone. C’est, dit-on, l’un des endroits les
plus chauds du monde. Au fond de ce goulet sinueux, où des
murailles de roche gris et brun surmontent une eau d’un bleu
métallique, et que le soleil assomme littéralement de ses
rayons, nous distinguons quelques huttes de pêcheurs sur la
plage. Nous nous en approchons en youyou. Nous ne débarquons pas. Les indigènes voient peu d’étrangers, par ici, et
nous nous sommes laissé dire qu’ils ne les aiment guère.. Nous
saluons les villageois de loin.
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