L’ODEUR DU PÉTROLE
que (Manta birostris). Sa gueule, large de deux mètres, pourrait
m’engloutir. Mais la mante ne gobe pas les plongeurs : elle se
contente de plancton et de petits poissons de la taille des
sardines ou des anchois. Elle me frôle et relève au dernier
instant sa nageoire, comme si elle prenait garde à ne pas me
faire mal.
J’aurai d’autres occasions de côtoyer des mantes : en mer
Caraïbe, en mer de Cortez, dans le Pacifique Sud... Mais la
première qui me salue ici, en mer Rouge, restera ma préférée
— celle dont ma mémoire fixera le mieux l’image, celle dont je
n’oublierai pas une ondulation...
Nous cinglons à présent vers le sud-est à plus de dix nœuds
de moyenne. La mer Rouge m’enchante; j’aimerais y passer
des journées, des semaines; j’aimerais y explorer de fond en
comble certains récifs. Le commandant Cousteau m’assure
que ça viendra. Mais, pour cette fois, la mission de la Calypso
est ailleurs. Dans le golfe Arabo-Persique.
Navigation. Jeu des oiseaux de mer. Poissons volants qui
décollent au crépuscule... Nous franchissons le détroit de Bab
el-Mandeb, et nous débouchons dans le golfe d’Aden. Peu
avant Djibouti, où nous avons prévu une escale, nous essuyons
une tempête d’une violence inouïe. Les vagues déferlent sur
notre pauvre bateau avec une telle furie que j’ai des doutes sur
les capacités de résistance de sa coque... Les oscillations du
tangage sont si fortes que la Calypso pique du nez dans l’eau ou
le relève vers le ciel, dans une ambiance de manège à la foire
du Trône. Mais notre dragueur de mines reconverti en a vu
d’autres. Il a les membrures et le bordé solides. Il tient la
route.
Nous avons embarqué à Toulon un gravimètre, un carottier
et quelques autres équipements scientifiques destinés à l’étude
des sédiments sous-marins. La Darcy Exploration Company,
filiale de la British Petroleum, nous a confié une mission
géologique : certains de ses ingénieurs soupçonnent qu’il y a
de l’« huile » ou du gaz naturel dans le sous-sol du golfe
Arabo-Persique. Il nous faut apporter la preuve que ces
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que (Manta birostris). Sa gueule, large de deux mètres, pourrait
m’engloutir. Mais la mante ne gobe pas les plongeurs : elle se
contente de plancton et de petits poissons de la taille des
sardines ou des anchois. Elle me frôle et relève au dernier
instant sa nageoire, comme si elle prenait garde à ne pas me
faire mal.
J’aurai d’autres occasions de côtoyer des mantes : en mer
Caraïbe, en mer de Cortez, dans le Pacifique Sud... Mais la
première qui me salue ici, en mer Rouge, restera ma préférée
— celle dont ma mémoire fixera le mieux l’image, celle dont je
n’oublierai pas une ondulation...
Nous cinglons à présent vers le sud-est à plus de dix nœuds
de moyenne. La mer Rouge m’enchante; j’aimerais y passer
des journées, des semaines; j’aimerais y explorer de fond en
comble certains récifs. Le commandant Cousteau m’assure
que ça viendra. Mais, pour cette fois, la mission de la Calypso
est ailleurs. Dans le golfe Arabo-Persique.
Navigation. Jeu des oiseaux de mer. Poissons volants qui
décollent au crépuscule... Nous franchissons le détroit de Bab
el-Mandeb, et nous débouchons dans le golfe d’Aden. Peu
avant Djibouti, où nous avons prévu une escale, nous essuyons
une tempête d’une violence inouïe. Les vagues déferlent sur
notre pauvre bateau avec une telle furie que j’ai des doutes sur
les capacités de résistance de sa coque... Les oscillations du
tangage sont si fortes que la Calypso pique du nez dans l’eau ou
le relève vers le ciel, dans une ambiance de manège à la foire
du Trône. Mais notre dragueur de mines reconverti en a vu
d’autres. Il a les membrures et le bordé solides. Il tient la
route.
Nous avons embarqué à Toulon un gravimètre, un carottier
et quelques autres équipements scientifiques destinés à l’étude
des sédiments sous-marins. La Darcy Exploration Company,
filiale de la British Petroleum, nous a confié une mission
géologique : certains de ses ingénieurs soupçonnent qu’il y a
de l’« huile » ou du gaz naturel dans le sous-sol du golfe
Arabo-Persique. Il nous faut apporter la preuve que ces
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