LA MAGIE DE LA MER ROUGE
splendeurs. Mon esprit s’en nourrit. Chaque seconde m’apporte une nouvelle preuve de l’imagination créatrice de la
mer : un poisson-trompette fouille de son long nez des
ramifications d’acropores, en quête d’une crevette. Un banc de
gaterins défile comme une assemblée de larbins en gilet à
rayures jaunes et noires. Un poisson-napoléon promène avec
une majesté d’empereur au soir de la bataille sa caboche
surmontée d’une grosse bosse.
Tiens!... Un requin de récif à pointes blanches... Il a l’air
doux et inoffensif. Il mesure à peine un mètre cinquante de
longueur. Je lui adresse un salut de la main. Il me regarde et se
détourne. Il ondule harmonieusement dans l’eau bleue. Une
réussite de l’évolution.
Il n’est pas seul. L’un de ses congénères surgit d’un tunnel
de corail. Puis un autre, et un autre encore... Une demidouzaine de squales se présentent. Et en voici une douzaine,
une vingtaine, une trentaine!... Hé!... Doucement!... Qu’estce que ça signifie? Je regarde Frédéric Dumas : il a sous le
masque une expression d’intense surprise. Il me fait signe de le
suivre derrière un ressaut de corail qui nous offre un abri
relatif. Nous n’avons pas d’autre arme qu’un débordoir. C’est
un objet que le commandant Cousteau et Frédéric Dumas ont
inventé en 1948, après être tombés nez à nez avec un énorme
requin longimane, lors d’une plongée dans l’Atlantique :
l’aventure avait failli mal tourner. Le Pacha n’avait réussi à
éloigner l’animal qu’en lui tapant sur le nez à grands coups de
caméra... Cela lui avait donné l’idée de fabriquer ce bâton
d’environ soixante centimètres de longueur, muni d’un bout
ferré mais non blessant (il ne faut jamais répandre de sang en
présence des requins : l’odeur les excite et les rend mille fois
plus agressifs).
Et nous voici acculés à ce récif de la mer Rouge, le débordoir
brandi, prêts à repousser les squales qui deviendraient trop
entreprenants... Pour être aussi nombreux, ils ont probablement détecté une grosse proie mourante ou morte : mais nous
ne voyons rien. Nous n’avons ni leur odorat ultra-perfectionné,
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