LES TRÉSORS DE L’ÉPAVE
verres de la cambuse. Il incline cérémonieusement le vase
Amphitryon n’aurait pas plus d’allure. Allons, sommelier
verse-nous ce breuvage antique!... Un sirop brun sombre,
épais, grumeleux, emplit les coupes. La première est pour le
commandant Cousteau, la seconde pour le professeur Lallemand. L’archéologue y trempe les lèvres... et crache immédiatement la lampée par-dessus bord, avec une horrible grimace.
Stoïque, le Pacha avale une mini-gorgée de ce vin vénérable, et
loue la cuvée comme si c’était une ambroisie. J’y goûte : un
ignoble concentré de moisissure !
Mais, comme dit l’autre, ce vin reste le plus beau jour de ma
vie.
Nous sommes le 22 septembre 1952.
Frédéric Dumas me parle le premier, dans la coursive
tribord, près de sa cabine.
« Bébert, me dit-il, aimeriez-vous rester définitivement avec
nous ? »
Je n’attendais que cette phrase!... J’ai l’impression de
décoller du sol. Je souris, je m’étrangle, je crachouille un
« oui » qui n’est qu’un soupir. Frédéric Dumas m’entraîne
chez le Pacha.
« Alors, Bébert, me demande Cousteau, aimeriez-vous
rester définitivement avec nous ? »
A question identique, bafouillage comparable!... Ils interprètent mon crachotis comme une acceptation ferme et
enthousiaste. Ils ont raison.
Me voici membre à part entière de l’équipe Cousteau...
Le lendemain, le Pacha revêt son plus bel uniforme d’officier
(capitaine de corvette) et m’accompagne rue des Phocéens, à
Marseille, dans les bureaux des Affaires maritimes. Il faut
m’inscrire au rôle de l’équipage. Je plane.
Dans l’antre de l’Administration, les choses se gâtent. Je
subis la visite médicale obligatoire, au terme de laquelle le
médecin fonctionnaire de service déclare que je suis en forme,
mais qu’à son grand regret il se voit dans l’obligation de me
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