CAPITAINE DE LA CALYPSO
forme me rappelle un calisson d’Aix. Nous nous apercevons
que l’amas comporte une couche supérieure d’amphores
romaines, une couche moyenne de poteries diverses et une
couche inférieure d’amphores grecques. Le professeur Benoît
suppose que le bateau a commencé d’être chargé en Grèce,
puis que sa cale a fini d’être emplie en Italie — avant
l’embarquement pour Marseille, où il n’est jamais arrivé...
Au total, la récupération des trésors du Grand Conclu ne
nécessite pas moins de trois mille cinq cents plongées... Un
marathon subaquatique! Et le chantier n’est même pas
achevé, tant il est riche... Nous remontons les plus remarquables des trois mille amphores et des dix mille pièces de vaisselle
que contient l’épave. Nous trions, dans le panier de la suceuse,
des myriades de fragments en tout genre, de pièces de monnaie
et de petits objets... Mon record? Trente-six amphores renflouées pour une seule plongée de vingt minutes...
Tout autour du tumulus, que nous vidons de ses poteries les
plus belles (elles décorent les vitrines de plusieurs musées de
Marseille), demeurent des centaines d’objets éparpillés par le
naufrage. On pourrait les récupérer, à condition d’y mettre le
temps et le prix. Il y faudrait consacrer des années de plongées
quotidiennes depuis un bateau ou une base à terre ; ou bien des
semaines de travail intensif pour une équipe d’océanautes à
saturation, occupés sur le chantier huit ou dix heures par jour,
et logeant la nuit dans une maison sous la mer.
Lorsque le temps le permet, la Calypso nous rend visite à
Port-Calypso. Un jour qu’elle est présente, nous dégageons du
sédiment une amphore romaine fermée. Sous un premier
bouchon de fine pouzzolane, le bouchon de liège est intact.
Nous portons le récipient sur le pont avec mille précautions.
L’équipe fait cercle. Il reste du liquide à l’intérieur... Et si
c était du vin ? Deux mille deux cents ans d’âge : le plus vieux
cru du monde !
Je tends mon couteau de plongée au capitaine François
Saout, qui gratte la pouzzolane, puis le liège qui adhère au col
de 1 amphore. La voilà ouverte... Le capitaine fait venir deux
110
?
v
é
c
r
t
C
11
ij
forme me rappelle un calisson d’Aix. Nous nous apercevons
que l’amas comporte une couche supérieure d’amphores
romaines, une couche moyenne de poteries diverses et une
couche inférieure d’amphores grecques. Le professeur Benoît
suppose que le bateau a commencé d’être chargé en Grèce,
puis que sa cale a fini d’être emplie en Italie — avant
l’embarquement pour Marseille, où il n’est jamais arrivé...
Au total, la récupération des trésors du Grand Conclu ne
nécessite pas moins de trois mille cinq cents plongées... Un
marathon subaquatique! Et le chantier n’est même pas
achevé, tant il est riche... Nous remontons les plus remarquables des trois mille amphores et des dix mille pièces de vaisselle
que contient l’épave. Nous trions, dans le panier de la suceuse,
des myriades de fragments en tout genre, de pièces de monnaie
et de petits objets... Mon record? Trente-six amphores renflouées pour une seule plongée de vingt minutes...
Tout autour du tumulus, que nous vidons de ses poteries les
plus belles (elles décorent les vitrines de plusieurs musées de
Marseille), demeurent des centaines d’objets éparpillés par le
naufrage. On pourrait les récupérer, à condition d’y mettre le
temps et le prix. Il y faudrait consacrer des années de plongées
quotidiennes depuis un bateau ou une base à terre ; ou bien des
semaines de travail intensif pour une équipe d’océanautes à
saturation, occupés sur le chantier huit ou dix heures par jour,
et logeant la nuit dans une maison sous la mer.
Lorsque le temps le permet, la Calypso nous rend visite à
Port-Calypso. Un jour qu’elle est présente, nous dégageons du
sédiment une amphore romaine fermée. Sous un premier
bouchon de fine pouzzolane, le bouchon de liège est intact.
Nous portons le récipient sur le pont avec mille précautions.
L’équipe fait cercle. Il reste du liquide à l’intérieur... Et si
c était du vin ? Deux mille deux cents ans d’âge : le plus vieux
cru du monde !
Je tends mon couteau de plongée au capitaine François
Saout, qui gratte la pouzzolane, puis le liège qui adhère au col
de 1 amphore. La voilà ouverte... Le capitaine fait venir deux
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