LES TRÉSORS DF L’ÉPAVE
cargaison de l’épave antique — et à grelotter en remontant en
surface. Labeur âpre, exigeant, épuisant, exaltant certains
jours, désespérant de monotonie certains autres... Le teuf-teuf
du compresseur de la suceuse. Les bulles des scaphandres. La
poussière du sédiment qui vole en nuages. La rondeur des
poteries. Notre joie quand nous récupérons une pièce parfaite.
La surprise indignée des poulpes et des langoustes qu’on
déloge. Notre fatigue, le soir, dans la baraque de tôle où le vent
malin s’insinue...
Il y a là, avec moi, Jean Delmas, le chef de cette mission ;
Henri « Riquet » Goiran ; Raymond « Canoë » Kientzy ; et
Robert Picassou, à la fois plongeur et chef cuistot (deux rôles
dans lesquels il excelle). Le plus souvent, c’est non pas la
Calypso qui nous assiste et nous ravitaille, mais un petit
chalutier reconverti dans le travail océanographique, long de
dix-huit mètres, qui s’appelle l’Espadon et que commande le
capitaine Toscane, dit « Zé ».
Nous nous débattons avec la suceuse, qui joue trop souvent
son rôle de serpent de mer brutal et fantasque. Le tuyau se
bouche une fois par jour : et l’animal entre en transe... Il
s’arrache des bras qui le tiennent, se tortille et remonte en
surface en balayant furieusement tout ce qui a la malchance de
se trouver dans son rayon d’action. Nous n’avons d’autre
solution, pour le « curer », que d’envoyer du haut de la bigue
un poids de vingt-cinq kilogrammes, qui ramone l’intérieur du
conduit. Epuisant...
Nous plongeons le matin et l’après-midi. Parfois, la force des
vagues est telle qu’elle nous interdit de descendre dans la mer
par l’échelle prévue à cet effet. Nous nous faisons immerger au
bout d’un filin par un palan, depuis la plate-forme... Nous
calculons nos temps de travail sous l’eau de façon à n’avoir pas
plus de dix minutes de palier de décompression : à trois
mètres, la violence des déferlantes est phénoménale. Nous ne
tiendrions pas davantage.
Les fouilles progressent. L’énorme tas de poteries diminue.
L essentiel de la cargaison compose un tumulus allongé dont la
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cargaison de l’épave antique — et à grelotter en remontant en
surface. Labeur âpre, exigeant, épuisant, exaltant certains
jours, désespérant de monotonie certains autres... Le teuf-teuf
du compresseur de la suceuse. Les bulles des scaphandres. La
poussière du sédiment qui vole en nuages. La rondeur des
poteries. Notre joie quand nous récupérons une pièce parfaite.
La surprise indignée des poulpes et des langoustes qu’on
déloge. Notre fatigue, le soir, dans la baraque de tôle où le vent
malin s’insinue...
Il y a là, avec moi, Jean Delmas, le chef de cette mission ;
Henri « Riquet » Goiran ; Raymond « Canoë » Kientzy ; et
Robert Picassou, à la fois plongeur et chef cuistot (deux rôles
dans lesquels il excelle). Le plus souvent, c’est non pas la
Calypso qui nous assiste et nous ravitaille, mais un petit
chalutier reconverti dans le travail océanographique, long de
dix-huit mètres, qui s’appelle l’Espadon et que commande le
capitaine Toscane, dit « Zé ».
Nous nous débattons avec la suceuse, qui joue trop souvent
son rôle de serpent de mer brutal et fantasque. Le tuyau se
bouche une fois par jour : et l’animal entre en transe... Il
s’arrache des bras qui le tiennent, se tortille et remonte en
surface en balayant furieusement tout ce qui a la malchance de
se trouver dans son rayon d’action. Nous n’avons d’autre
solution, pour le « curer », que d’envoyer du haut de la bigue
un poids de vingt-cinq kilogrammes, qui ramone l’intérieur du
conduit. Epuisant...
Nous plongeons le matin et l’après-midi. Parfois, la force des
vagues est telle qu’elle nous interdit de descendre dans la mer
par l’échelle prévue à cet effet. Nous nous faisons immerger au
bout d’un filin par un palan, depuis la plate-forme... Nous
calculons nos temps de travail sous l’eau de façon à n’avoir pas
plus de dix minutes de palier de décompression : à trois
mètres, la violence des déferlantes est phénoménale. Nous ne
tiendrions pas davantage.
Les fouilles progressent. L’énorme tas de poteries diminue.
L essentiel de la cargaison compose un tumulus allongé dont la
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