CAPITAINE DE LA CALYPSO
en même temps, édifier une plate-forme au bord de l’eau, sur
laquelle nous disposons un groupe électrogène et un compresseur à basse pression. Sur un balcon de roche, à vingt mètres
au-dessus du chantier, nous aménageons un espace à peu près
plat, sur lequel nous assemblons une baraque de tôle. Une
petite équipe pourra y loger, et rester sur l’îlot malgré les
assauts des vagues que poussent à qui mieux mieux le mistral
et les vents d’est ou d’ouest.
La Calypso subit quelques réparations mécaniques. Elle est
indisponible le jour où il s’agit de convoyer le bâti de la bigue
jusqu’au Grand Conclu : c’est à mon Hou Hop qu’on en confie
la mission. Je n’aurais jamais cru que ma modeste barque
aurait l’honneur de contribuer à ce qui constitue à l’époque (et
reste aujourd’hui) la plus grande mission d’archéologie sousmarine de l’Histoire... Pour l’occasion, je retrouve avec plaisir
mes trois mousquetaires : Boboss, Poup et l’Oncle. Nous
transportons les madriers dans une sorte de gaieté insouciante.
Mes amis se sont fait leur place à Marseille, tandis que je suis,
plus que jamais, candidat au voyage. Je sens que nos destins
divergent; ils le comprennent également. Mais nous entretenons une fois encore l’esprit de camaraderie aventureuse et
bricoleuse qui nous a menés ensemble jusqu’en Corse, en mer
Tyrrhénienne et dans le golfe de Ligurie.
Pendant une semaine, deux plongeurs et moi-même
employons notre temps à aménager le camp du Grand Conclu.
Je dois peindre la bigue : pour me faciliter la tâche, je fabrique
une échelle avec deux montants de deux mètres de longueur et
six crampons de fer; je scelle l’ustensile dans la roche. Plus de
trente-cinq années plus tard, lorsque je suis à Sormiou et que
je pousse en canot jusqu’au Grand Conclu, je revois avec
émotion mon échelle. Elle a rouillé, mais elle est là — comme
si j’avais accroché un fragment de ma jeunesse dans le calcaire
des îles de Marseille.
Avec un zeste d’emphase, nous nommons « Port-Calypso »
notre installation de travail et notre cabane de tôle. Cinq
plongeurs passent l’hiver au Grand Conclu, à renflouer la
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