LE GRAND CONCLU
fur et à mesure que nous ôtons les pièces pour approfondir
l’excavation, nous en trouvons d’autres. Le chargement qui
s’est déversé ici est énorme : nous creusons bientôt entre deux
murs d’amphores de quatre mètres cinquante de hauteur !
Le butin va enrichir les musées de Marseille, où on peut
toujours le contempler... Il comprend non seulement de
grandes amphores grecques et romaines, mais des centaines de
récipients plus beaux les uns que les autres — des bols
marqués de rosettes, des plats à poisson munis de compartiments pour la sauce, des coupes de toutes tailles (avec ou sans
anses), des vases à parfum (balsamiers), des calices, des
rhytons... Cette riche vaisselle était destinée à la bonne société
phocéenne et au commerce avec la Gaule.
Grâce à notre labeur, les poteries arrivent à destination —
avec un petit retard de deux mille deux cents ans... Quand la
plage arrière de la Calypso est remplie, et que les archéologues
du bord ont achevé leur travail de description, de photographie, de dessin et de classement, le navire lève l’ancre pour un
court voyage jusqu’au Vieux Port de Marseille. Face à la
Canebière, nous débarquons la cargaison à dos d’homme. Les
pêcheurs locaux commentent l’événement : « Té ! disent-ils : la
Calypso arrive... Regarde le commandant Cousteau : il est fada,
celui-là!... Il attrape des gargoulettes à l’île de Riou, au lieu
des loups et des langoustes !... »
Il n’y a pas loin de la joie à la peine. Un drame endeuille
notre mission. Le 5 novembre 1952, après une tempête
mémorable, le capitaine Saout s’aperçoit qu’un des coffres de
mouillage de la Calypso s’est déplacé. Nous nous demandons
pourquoi. Il faut aller voir ce qui se passe au fond. Jean-Pierre
Servanti est volontaire. Ce plongeur de la Marine nationale est
un des plus expérimentés du groupe. Il se prépare. Il disparaît
sous la surface. Lorsqu’il remonte, il nous annonce que l’ancre
s est démanillée ; elle a disparu ; ses maillons dérivent sur le
sable.
Nous voulons la retrouver. Au matin du 6 novembre, Jean103
fur et à mesure que nous ôtons les pièces pour approfondir
l’excavation, nous en trouvons d’autres. Le chargement qui
s’est déversé ici est énorme : nous creusons bientôt entre deux
murs d’amphores de quatre mètres cinquante de hauteur !
Le butin va enrichir les musées de Marseille, où on peut
toujours le contempler... Il comprend non seulement de
grandes amphores grecques et romaines, mais des centaines de
récipients plus beaux les uns que les autres — des bols
marqués de rosettes, des plats à poisson munis de compartiments pour la sauce, des coupes de toutes tailles (avec ou sans
anses), des vases à parfum (balsamiers), des calices, des
rhytons... Cette riche vaisselle était destinée à la bonne société
phocéenne et au commerce avec la Gaule.
Grâce à notre labeur, les poteries arrivent à destination —
avec un petit retard de deux mille deux cents ans... Quand la
plage arrière de la Calypso est remplie, et que les archéologues
du bord ont achevé leur travail de description, de photographie, de dessin et de classement, le navire lève l’ancre pour un
court voyage jusqu’au Vieux Port de Marseille. Face à la
Canebière, nous débarquons la cargaison à dos d’homme. Les
pêcheurs locaux commentent l’événement : « Té ! disent-ils : la
Calypso arrive... Regarde le commandant Cousteau : il est fada,
celui-là!... Il attrape des gargoulettes à l’île de Riou, au lieu
des loups et des langoustes !... »
Il n’y a pas loin de la joie à la peine. Un drame endeuille
notre mission. Le 5 novembre 1952, après une tempête
mémorable, le capitaine Saout s’aperçoit qu’un des coffres de
mouillage de la Calypso s’est déplacé. Nous nous demandons
pourquoi. Il faut aller voir ce qui se passe au fond. Jean-Pierre
Servanti est volontaire. Ce plongeur de la Marine nationale est
un des plus expérimentés du groupe. Il se prépare. Il disparaît
sous la surface. Lorsqu’il remonte, il nous annonce que l’ancre
s est démanillée ; elle a disparu ; ses maillons dérivent sur le
sable.
Nous voulons la retrouver. Au matin du 6 novembre, Jean103
