CAPITAINE DE LA CALYPSO
Simone Cousteau (Mme Cousteau, « la Bergère », comme
nous l’appelons tous) orchestre la cérémonie. C’est une femme
admirable, dont la modestie et la discrétion n’ont d’égal que le
courage. Elle a, depuis les premières missions du navire, passé
plus de temps sur la Calypso que son illustre mari. C’est la seule
femme de marin qui attende son époux en mer !
Elle est la mère, la grand-mère, l’amie, la confidente des
équipiers. Elles les écoute. Elle les conseille. Elle les soutient
quand la mission devient pénible, quand le moral flanche. Elle
s’inquiète de savoir s’ils ont des nouvelles de leur femme, de
leur fiancée, de leurs enfants, de leurs proches. Elle veille à ce
que la séparation ne pose pas trop de problèmes. (Dieu sait
qu’elle en pose !) Elle est attentive à tout.
Elle n’a jamais oublié un anniversaire.
Elle a fait préparer en mon honneur un somptueux souper
tahitien : cochon grillé, potiron, poisson cru au citron, fruits
d’arbre à pain, bananes bouillies ou en gelée...
Le gâteau glacé est surmonté des soixante bougies qu’il faut
que je souffle.
Soixante ans !
J’ai soixante ans à Tahiti...
L’ambiance est chaleureuse, un peu à cause du champagne,
beaucoup grâce à l’amitié que me témoignent mes compagnons. Chacun prononce une courte phrase de compliment,
parfois maladroite, toujours remplie d’émotion. C’est ainsi que
le cœur du loup de mer le mieux endurci bat plus vite... Je
mesure la chance que j’ai de pouvoir compter sur un tel
groupe. Soudé. Responsable. Conscient des risques et des
dangers qu’il faut affronter pour mériter le beau titre d’explorateur. Conscient du privilège que constitue ce métier dans
lequel on a le devoir de courir le monde — d’aller où personne
d’autre ne va.
Cet esprit de haute curiosité, ce besoin de savoir, le
commandant Cousteau l’a forgé, mission après mission. Non
seulement il l’a voulu, mais il l’a entretenu dans les pires
moments. En montrant l’exemple.
12
Simone Cousteau (Mme Cousteau, « la Bergère », comme
nous l’appelons tous) orchestre la cérémonie. C’est une femme
admirable, dont la modestie et la discrétion n’ont d’égal que le
courage. Elle a, depuis les premières missions du navire, passé
plus de temps sur la Calypso que son illustre mari. C’est la seule
femme de marin qui attende son époux en mer !
Elle est la mère, la grand-mère, l’amie, la confidente des
équipiers. Elles les écoute. Elle les conseille. Elle les soutient
quand la mission devient pénible, quand le moral flanche. Elle
s’inquiète de savoir s’ils ont des nouvelles de leur femme, de
leur fiancée, de leurs enfants, de leurs proches. Elle veille à ce
que la séparation ne pose pas trop de problèmes. (Dieu sait
qu’elle en pose !) Elle est attentive à tout.
Elle n’a jamais oublié un anniversaire.
Elle a fait préparer en mon honneur un somptueux souper
tahitien : cochon grillé, potiron, poisson cru au citron, fruits
d’arbre à pain, bananes bouillies ou en gelée...
Le gâteau glacé est surmonté des soixante bougies qu’il faut
que je souffle.
Soixante ans !
J’ai soixante ans à Tahiti...
L’ambiance est chaleureuse, un peu à cause du champagne,
beaucoup grâce à l’amitié que me témoignent mes compagnons. Chacun prononce une courte phrase de compliment,
parfois maladroite, toujours remplie d’émotion. C’est ainsi que
le cœur du loup de mer le mieux endurci bat plus vite... Je
mesure la chance que j’ai de pouvoir compter sur un tel
groupe. Soudé. Responsable. Conscient des risques et des
dangers qu’il faut affronter pour mériter le beau titre d’explorateur. Conscient du privilège que constitue ce métier dans
lequel on a le devoir de courir le monde — d’aller où personne
d’autre ne va.
Cet esprit de haute curiosité, ce besoin de savoir, le
commandant Cousteau l’a forgé, mission après mission. Non
seulement il l’a voulu, mais il l’a entretenu dans les pires
moments. En montrant l’exemple.
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