EAUX SEMI-DOMESTIQUES. ÉTANGS D’EAU DOUCE
505
s’implantèrent : pèche annuelle d’automne par vidange; charge des étangs
au printemps avec une seule classe d'âge de carpes, les plus grands étangs
réservés aux plus gros poissons; addition d’un certain nombre de brochets
dont on crevait soigneusement les yeux au préalable ; souvent prolongement
de l’assec pendant une année entière avec culture de céréales, ou de légumineuses enfouies dans le sol au moment de la floraison (période à partir de
laquelle cesse la fixation de l'azote par les rhizobiums). Une foule d'autres
denrées étaient alors incorporées au sol : miel, vin, camphre, sel, gingembre,
poivre, etc.
Pour imparfaite qu'elle fut, la carpiculture allemande n’en était pas
moins en plein développement au début du xvme siècle. Elle était déjà
capable de produire à l’hectare plus de kilogrammes de carpes qu'une prairie
ne pouvait produire de viande. Elle se répandit alors assez rapidement
dans toute l’Europe, surtout du fait des monastères qui trouvaient en elle
le moyen de se procurer une nourriture pour les jours de jeûne.
Avec le début du xixe siècle la production des étangs créés un peu partout
s’affaisse, phénomène qui devint compréhensible à la lumière des travaux de
Liebig, en 1870, qui le conduisent à énoncer sa fameuse «loi du minimum >.
Les récoltes annuelles de poissons avaient épuisé le sol du fond de l'étang qui,
le plus souvent, n’avait pas reçu en contre-partie les engrais appropriés en
quantité suffisante. On réalisait alors, qu’en association avec l’énergie lumineuse, c’était le sol, avec ses sels minéraux, qui était le producteur de richesses,
et que sa fécondité ne pouvait être maintenue qu’en lui apportant ou lui
rapportant, en quantité voulue, ceux des éléments qui lui faisaient defaut,
en lui assurant en outre un état physique favorable à son métabolisme.
Avec la fin du xixe siècle, commence la période actuelle où la recherche
scientifique, méthodique, s’associe de plus en plus à un empirisme qui a six
siècles d’avance sur elle. Comme toujours, le praticien est apparu avant
le scientifique ; il lui fallait trouver le moyen de subsister sur l'heure. quitte
à stériliser la terre nourricière de ses descendants s'il se trompait dans l'établissement de ses règles de culture. A l’heure actuelle encore, il est dillicile de
conduire des expériences réellement méthodiques en matière d’exploitation
d’étangs parce que l’on est trop tenu par le profit immédiat. Les très nombreuses expériences poursuivies depuis plus d’un demi-siècle manquent en
général de points de comparaison ; il n’y a pas eu de « témoin », on n'a pas
continué la même expérience pendant plusieurs années. Le résultat est que.
comme en Chine, nous n’avons encore en Europe à faire état que de présomptions et non de certitudes scientifiques.
Les déversements de miel, de vin, de camphre, de sel, de gingembre et
de poivre qui étaient de règle au xvne siècle nous font sourire aujourd'hui.
Qui nous dit que dans 50 ans nous ne trouverons pas qu'un de ces produits
renferme un principe actif éminement favorable pour telle ou telle fonction
du poisson ! Après deux siècles de pratique de plus en plus généralisée,
les avantages de l’assec étaient considérés partout comme indiscutables.
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s’implantèrent : pèche annuelle d’automne par vidange; charge des étangs
au printemps avec une seule classe d'âge de carpes, les plus grands étangs
réservés aux plus gros poissons; addition d’un certain nombre de brochets
dont on crevait soigneusement les yeux au préalable ; souvent prolongement
de l’assec pendant une année entière avec culture de céréales, ou de légumineuses enfouies dans le sol au moment de la floraison (période à partir de
laquelle cesse la fixation de l'azote par les rhizobiums). Une foule d'autres
denrées étaient alors incorporées au sol : miel, vin, camphre, sel, gingembre,
poivre, etc.
Pour imparfaite qu'elle fut, la carpiculture allemande n’en était pas
moins en plein développement au début du xvme siècle. Elle était déjà
capable de produire à l’hectare plus de kilogrammes de carpes qu'une prairie
ne pouvait produire de viande. Elle se répandit alors assez rapidement
dans toute l’Europe, surtout du fait des monastères qui trouvaient en elle
le moyen de se procurer une nourriture pour les jours de jeûne.
Avec le début du xixe siècle la production des étangs créés un peu partout
s’affaisse, phénomène qui devint compréhensible à la lumière des travaux de
Liebig, en 1870, qui le conduisent à énoncer sa fameuse «loi du minimum >.
Les récoltes annuelles de poissons avaient épuisé le sol du fond de l'étang qui,
le plus souvent, n’avait pas reçu en contre-partie les engrais appropriés en
quantité suffisante. On réalisait alors, qu’en association avec l’énergie lumineuse, c’était le sol, avec ses sels minéraux, qui était le producteur de richesses,
et que sa fécondité ne pouvait être maintenue qu’en lui apportant ou lui
rapportant, en quantité voulue, ceux des éléments qui lui faisaient defaut,
en lui assurant en outre un état physique favorable à son métabolisme.
Avec la fin du xixe siècle, commence la période actuelle où la recherche
scientifique, méthodique, s’associe de plus en plus à un empirisme qui a six
siècles d’avance sur elle. Comme toujours, le praticien est apparu avant
le scientifique ; il lui fallait trouver le moyen de subsister sur l'heure. quitte
à stériliser la terre nourricière de ses descendants s'il se trompait dans l'établissement de ses règles de culture. A l’heure actuelle encore, il est dillicile de
conduire des expériences réellement méthodiques en matière d’exploitation
d’étangs parce que l’on est trop tenu par le profit immédiat. Les très nombreuses expériences poursuivies depuis plus d’un demi-siècle manquent en
général de points de comparaison ; il n’y a pas eu de « témoin », on n'a pas
continué la même expérience pendant plusieurs années. Le résultat est que.
comme en Chine, nous n’avons encore en Europe à faire état que de présomptions et non de certitudes scientifiques.
Les déversements de miel, de vin, de camphre, de sel, de gingembre et
de poivre qui étaient de règle au xvne siècle nous font sourire aujourd'hui.
Qui nous dit que dans 50 ans nous ne trouverons pas qu'un de ces produits
renferme un principe actif éminement favorable pour telle ou telle fonction
du poisson ! Après deux siècles de pratique de plus en plus généralisée,
les avantages de l’assec étaient considérés partout comme indiscutables.
