408
PÈCHES CONTINENTALES. PRINCIPES D’AMÉNAGEMENT
recommande, après transport, de garder les sujets de repeuplement en stabulation sur les lieux de déversement et de ne les libérer que 24 heures plus
tard au minimum pour leur laisser le temps de récupérer.
Les compétiteurs sont représentés par les « résidents » qui occupent déjà
les secteurs à repeupler, qu’il s’agisse de poissons d’espèces différentes (compétition interspécifique) ou de même espèce (compétition intraspécifique), en
général la plus importante dans ce domaine. Les deux ressources principales
donnant lieu à compétition sont la nourriture, et l’abri, le gîte, dont l’importance devient primordiale en eau courante. Arrivant fatigués dans un nouvel
habitat, les poissons de repeuplement qui trouveront rapidement un gîte
vacant pourront s’y reposer, récupérer puis tenter ensuite leur chance. Ceux
qui ne trouveront que des gîtes occupés par des « résidents » non fatigués ne
seront pas de taille à les déloger. Ils seront contraints de rester en eau libre.
S’il s’agit d’eaux vives, les efforts qu’ils devront faire pour tenir contre le
courant accroîtront leur fatigue, le plus souvent à mort. D’après les derniers
travaux de Miller (1958), ce serait là l’une des principales causes des lourdes
mortalités subies par les truites de repeuplement déversées à l’état d’alevins,
de truitelles ou de truites de taille légale.
10.01I.L Origine des sujets de repeuplement et rusticité
10.011,10. Sujets provenant d’eaux sauvages
En Asie la récolte d’œufs de carpes chinoises ou indiennes destinées au
peuplement des étangs d’élevage se fait en rivière, à grande échelle, tant par
les paysans eux-mêmes que par des entreprises commerciales vendeuses
d’alevins (13.000,21). Les captures se font soit au moyen de grands verveux
à mailles très fines qui capturent œufs et jeunes alevins dévalant avec le
courant, soit au moyen de fagots qui sont immergés dans la rivière, puis
retirés une fois que les poissons se sont servis de ce support pour y fixer leurs
œufs. En raison de l’étendue des plans d’eau sur lesquels se font ces récoltes,
et de la capacité reproductrice des espèces sur lesquelles porte la pêche, il
ne semble pas que, pour importants qu’ils soient, ces prélèvements aient porté
atteinte à la densité du peuplement naturel.
En Extrême-Orient, la mise en charge des tambaks est essentiellement
faite à base de chanos ou de muges, voire accessoirement de Puntius javanicus,
dont les alevins sont récoltés sauvages, soit sur le littoral, soit dans les
estuaires, quand ils ne pénètrent pas d’eux-mêmes dans les tambaks (13.142,0).
Ces sujets sauvages, fruits de la sélection naturelle, sont immergés dans
des étangs qui ont pratiquement recouvré leur virginité et où en conséquence
ils n’ont en principe rien à craindre d’autres poissons carnassiers durant le
temps qu'il leur faudra pour se remettre de la fatigue du transport. A moins
que ce dernier n’ait été effectué dans de mauvaises conditions, l’alliance
d’une forte rusticité originelle avec une faible adversité du milieu (à moins
d’une charge trop importante) procurera normalement un fort taux de survie.
Précédent

- 435/752

Suivant