POPULATIONS A FAVORISER. REPEUPLEMENTS
407
dans les bassins dont ils proviennent. Ces mortalités pouvant atteindre jusqu à 93 pour cent, on voit 1 importance de la détection de leurs causes (’).
Black (1956) montra que deux heures de transport en camion (une heure
sur bonne route précédée et suivie d'une demi-heure sur mauvaise route)
dans une eau à 16,7 °C en fin de transport, provoquaient une élévation du
taux d’acide lactique égale à 66 pour cent de l'élévation consécutive à
15 minutes de pleine activité. (Les bacs de transport étant du type à circulation avec redistribution de l’eau en pluie à la partie supérieure.)
Des travaux de Horton (1956) sur la relation entre la mortalité différée
et les différents modes de transport et de manipulation (10.021.2), il faut
retenir dès à présent que ces mortalités différées sont d’autant plus faibles
que le poisson est plus calme durant le transport (a). Ce repos est pratiquement sous la dépendance des facteurs suivants : (1) existence d'un courant
d’eau régulier dans les bacs obligeant le poisson à se maintenir « orienté »
dans le courant plutôt que de naviguer de droite ou de gauche ; (2) absence
de bouillonnement de l'eau ; (3) absence de ballottement de l’eau, ballottement
qui se produit toujours dans les bacs qui ne sont que partiellement remplis ;
(4) basse température, facteur qui parait être d'une importance primordiale,
la mortalité différée des truites arc-en-ciel étant, avec le transport à 12 °C,
7 à 33 fois plus grande qu’avec un transport à 4,5 °C.
Il est à remarquer qu’en fait ce maintien au repos pendant le transport
met le poisson à l’abri d’une double intoxication, intoxication interne directe
par l’acide lactique d’une part, intoxication par accumulation dans les bacs
de transport des produits de son métabolisme d'autre part.
A égalité d’adversité des conditions de transport, les mortalités différées
dues à ce dernier auront par ailleurs de fortes chances d'être d'autant plus
importantes que la rusticité des sujets transportés aura été amoindrie par
absence de sélection naturelle, par sélection artificielle contraire à la rusticité,
ou par pratiques piscicoles défavorables.
Parmi les sujets transportés certains seront fatigués « à mort », et mourront
épuisés de fatigue dans les sept jours suivant le déversement en eaux libres
(délai conventionnel). Ils constituent comme nous venons de le voir la mortalité différée. D'autres, susceptibles de récupérer, se trouveront néanmoins
pendant un temps plus ou moins long en état de moindre résistance vis-à-vis
des diverses adversités des eaux libres, en particulier les prédateurs et les
compétiteurs, sans oublier, en eaux courantes, le courant lui-même.
Les prédateurs comme les perches sont susceptibles de consommer 11 pour
cent d’un repeuplement de saumons dans les premières 24 heures (Hult et
Johnels, 1949). C’est pour cette raison que Black (1956) à la suite de Fry,
(1) Leloup-Hatey (1958) a montré que l’activité motrice augmentait, chez un téléostéen
comme la carpe, la sécrétion d’hydrocorlicostéroïdes de l’interrenal antérieur. Fatigabilité et
mortalités différées pourraient ainsi être en relation avec la production et l’accumulation excessive d’acide lactique et d’hydrocorlicostéroïdes.
(2) Ges mortalités différées dues à un excès de fatigue durant les transports sont facilement
observées par ailleurs lors des transports d’invertébrés destinés à des études de laboratoire.
Précédent

- 434/752

Suivant