POPULATIONS A FAVORISER. REPEUPLEMENTS
393
culture surgirent par douzaines. D’innombrables sociétés de pèche se fondèrent et sollicitèrent de l'Etat des subventions afin de pouvoir pratiquer
l’alevinage. Tout paraissait si simple alors. Du moment qu’on pouvait
produire à volonté des alevins par la fécondation artificielle, la richesse
piscicole des cours d’eau devenait une simple question d’argent. Il suffirait
dorénavant d’acheter des alevins et de les déverser en quantités croissantes
pour rendre aux rivières leur richesse d’antan et même la dépasser. Il fallut
la leçon de nombreuses faillites de piscicultures privées pour faire tomber
l'enthousiasme. Alors, par suite d’un revirement bien humain, certains
déclarèrent que la pisciculture ne valait rien, et que le repeuplement était en
réalité synonyme de destruction. Le plus clair de l’opération, entendait-on
dire alors, est de capturer sur les frayères des géniteurs superbes pour les
remplacer par des alevins dont on ne sait jamais ce qu’ils deviennent. Mieux
vaut encore laisser les poissons frayer tout seuls.
Et cependant quelques très beaux succès pouvaient, pendant le même
temps, être mis à l’actif de la pisciculture. Mais les échecs frappent davantage le public que les réussites dont le souvenir s’efface vite. Fort heureusement, pendant que se faisait ce revirement de l’opinion, les savants
travaillaient dans les laboratoires et prouvaient que les insuccès de la
pisciculture étaient imputables, non à son défaut de valeur intrinsèque, mais
au manque de connaissance de ceux qui la pratiquaient.
Léger (1910, 1932, 1937), Embody (1926, 1927) répandaient la notion
de capacité biogénique des eaux (5.7 — 10.031) et démontraient que lacs
et rivières ne pouvaient nourrir qu’un certain nombre de poissons et pas
davantage, vérité qui ruinait la théorie courante selon laquelle le nombre
de poissons d’une rivière ou d’un lac sérail d'autant plus grand qu’on aurait
déversé de plus grandes quantités d’alevins. Enfin, avec les travaux de
Foerster (1938), Hobbs (1937, 1940, 1948), .Jones et King (1949),
Briggs (1953) sur les truites et les saumons (’), l’idée préconçue d’un taux
de fertilisation nettement, voire considérablement et systématiquement à
l’avantage de la fécondation artificielle par rapport à la reproduction naturelle doit maintenant être abandonnée.
Avec les écologistes Allee et al. (1949), Odum (1953), Clarke (1954), etc.,
se précisent encore les notions de capacité biotique d'un habitat, de développement des populations et des adversités opposées à ces derniers par l'environnement. Avec Azzi (1954) le résultat du développement d'une population,
son rendement, résultent d’une relation entre sa productivité intrinsèque
(capacité biotique X taux de croissance) et sa résistance aux adversités de
l’environnement.
Bien que la discussion ne soit pas encore close sur un sujet aussi complexe
(Adelman et Bingham 1955), les travaux de Write (1927), Schuck (1945),
Needham (1950), Shetter (1950), révèlent que les truites d'élevages déver(1) Résultats valables pour d’autres espèces : corégones (Schnebbrcer, 1948), carpes
(CiiiMiSTS et Kreczmer, 1946), aloses (Leim, 1954), tilapias (Huet, 1952).
A’ibert et Lagi.br. — Pêche» continentale».
1 '
Précédent

- 420/752

Suivant