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PÈCHES CONTINENTALES. PRINCIPES D’AMÉNAGEMENT
fallut pas davantage pour créer dans l’opinion un véritable engouement.
Malgré la situation politique plutôt troublée, tout le monde se mit à parler
de fécondation artificielle et célébra l’avènement de l’âge d’or par la pisciculture.
Cependant, le compte rendu de la séance de l’Académie des Sciences,
cheminant lentement, était parvenu à Epinal au début de 1849. Le 2 mars
de cette année, le secrétaire de la Société d’émulation des Vosges écrivit à
l’Académie pour lui annoncer que l’honorable M. de Quatrefages n’a point
fait une découverte et qu’il a été devancé, dans l’idée d’empoissonner les
rivières, par Rémy et Géhin, qui, dès 1844, ont acquis, dans les Vosges,
une célébrité méritée.
Le retentissement de cette révélation fut énorme. Le gouvernement
français lui-méme s’empara de la question jugée de la plus haute importance
pour le pays, et le Ministre de l’Agriculture d’alors, chargea M. Milne Edwards,
le naturaliste le plus qualifié de France, de se rendre à La Bresse pour y étudier sur place la « découverte » des deux pêcheurs vosgiens. La mission de
M. Milne Edwards se termina en 1850 par la remise au ministre d’un rapport
très élogieux pour le passé et le plus encourageant pour l’avenir. Géhin appelé
à Paris fut présenté au Prince-Président et reçu du gouvernement la charge
officielle de repeupler les rivières de plusieurs départements ; Rémy se vit
attribuer un bureau de tabac et une indemnité annuelle de 1 500 francs,
et finalement une commission fut nommée, par arrêté du 26 août 1850, pour
généraliser autant que possible la découverte des pêcheurs de La Bresse et
« aviser aux moyens de multiplier le poisson dans les rivières, lacs et étangs
du pays ». En 1854, la Société zoologique d’acclimatation, que venait de
fonder Geoffroy Saint-Hilaire, se déclarait nettement favorable au repeuplement des eaux. La pisciculture avait décidément le vent en poupe.
C’est à ce moment que M. Coste, professeur au Collège de France, s’adonna,
avec une magnifique ardeur, à la pisciculture. Dès 1853, il avait publié ses
Instructions pratiques sur la pisciculture, dont il donna une deuxième édition
en 1856. Il fonda à Huningue un établissement de pisciculture qui atteignit rapidemment une immense renommée, et où, disait-il, il était en mesure
d’entreprendre l’une des plus grandes expériences dont les sciences naturelles
aient jamais donné l’exemple. L’impulsion donnée en France par Coste se
répercuta dans tous les pays d’Europe, puis aux États-Unis qui installèrent
à leur tour de nombreux établissements de pisciculture.
Après une assez longue éclipse consécutive aux désastres de l’année
terrible, la pisciculture connut à nouveau une grande faveur au début du
xxe siècle. En 1904, Raveret-Watel publia son livre sur La pisciculture
ou traité pratique de Vélevage industriel du poisson. L’ouvrage du célèbre professeur, venant après les travaux de Bruno Hofer, de Munich, de Heuscher,
de Zurich, et cI’Oltramare, de Genève, créa un grand mouvement d’opinion
en faveur de la pisciculture. Le repeuplement systématique des étangs et des
lacs sur une vaste échelle fut à l’ordre du jour, et les établissement de pisci
PÈCHES CONTINENTALES. PRINCIPES D’AMÉNAGEMENT
fallut pas davantage pour créer dans l’opinion un véritable engouement.
Malgré la situation politique plutôt troublée, tout le monde se mit à parler
de fécondation artificielle et célébra l’avènement de l’âge d’or par la pisciculture.
Cependant, le compte rendu de la séance de l’Académie des Sciences,
cheminant lentement, était parvenu à Epinal au début de 1849. Le 2 mars
de cette année, le secrétaire de la Société d’émulation des Vosges écrivit à
l’Académie pour lui annoncer que l’honorable M. de Quatrefages n’a point
fait une découverte et qu’il a été devancé, dans l’idée d’empoissonner les
rivières, par Rémy et Géhin, qui, dès 1844, ont acquis, dans les Vosges,
une célébrité méritée.
Le retentissement de cette révélation fut énorme. Le gouvernement
français lui-méme s’empara de la question jugée de la plus haute importance
pour le pays, et le Ministre de l’Agriculture d’alors, chargea M. Milne Edwards,
le naturaliste le plus qualifié de France, de se rendre à La Bresse pour y étudier sur place la « découverte » des deux pêcheurs vosgiens. La mission de
M. Milne Edwards se termina en 1850 par la remise au ministre d’un rapport
très élogieux pour le passé et le plus encourageant pour l’avenir. Géhin appelé
à Paris fut présenté au Prince-Président et reçu du gouvernement la charge
officielle de repeupler les rivières de plusieurs départements ; Rémy se vit
attribuer un bureau de tabac et une indemnité annuelle de 1 500 francs,
et finalement une commission fut nommée, par arrêté du 26 août 1850, pour
généraliser autant que possible la découverte des pêcheurs de La Bresse et
« aviser aux moyens de multiplier le poisson dans les rivières, lacs et étangs
du pays ». En 1854, la Société zoologique d’acclimatation, que venait de
fonder Geoffroy Saint-Hilaire, se déclarait nettement favorable au repeuplement des eaux. La pisciculture avait décidément le vent en poupe.
C’est à ce moment que M. Coste, professeur au Collège de France, s’adonna,
avec une magnifique ardeur, à la pisciculture. Dès 1853, il avait publié ses
Instructions pratiques sur la pisciculture, dont il donna une deuxième édition
en 1856. Il fonda à Huningue un établissement de pisciculture qui atteignit rapidemment une immense renommée, et où, disait-il, il était en mesure
d’entreprendre l’une des plus grandes expériences dont les sciences naturelles
aient jamais donné l’exemple. L’impulsion donnée en France par Coste se
répercuta dans tous les pays d’Europe, puis aux États-Unis qui installèrent
à leur tour de nombreux établissements de pisciculture.
Après une assez longue éclipse consécutive aux désastres de l’année
terrible, la pisciculture connut à nouveau une grande faveur au début du
xxe siècle. En 1904, Raveret-Watel publia son livre sur La pisciculture
ou traité pratique de Vélevage industriel du poisson. L’ouvrage du célèbre professeur, venant après les travaux de Bruno Hofer, de Munich, de Heuscher,
de Zurich, et cI’Oltramare, de Genève, créa un grand mouvement d’opinion
en faveur de la pisciculture. Le repeuplement systématique des étangs et des
lacs sur une vaste échelle fut à l’ordre du jour, et les établissement de pisci
